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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 mai.

Comment se fait-il qu’à un moment où s’agitent de toutes parts tant de questions qui intéressent le monde et la France, notre politique, ou ce qui s’appelle notre politique, se réduise à de vulgaires turbulences, à des incidens presque ridicules, à des scènes de comédie entre les dominateurs du jour ? Par quelle bizarre combinaison cette vie publique qu’on nous fait semble-t-elle n’être quelquefois qu’une parodie où tout se rapetisse, hommes et choses, où passent et repassent des personnages qui ne manquent certes pas de prétentions, qui ne sont pourtant ni sérieux ni même amusans ?

Le fait est que, depuis trop longtemps, déjà nous assistons à une représentation assez étrange, qui malheureusement n’est peut-être pas près de finir. Que les grandes questions de diplomatie ou de travail et d’industrie se débattent partout en Europe, il n’en est ni plus ni moins pour nous. Nos députés sont en vacances, tout occupés à préparer avec leurs comités les élections prochaines des conseils généraux ; nos ministres sont en voyage au midi et au nord. M. le ministre des travaux publics, à ce qu’il dit, a éprouvé le besoin d’aller réchauffer son patriotisme au soleil de Marseille, — un soleil bien entendu tout radical ! — M. le ministre de l’instruction publique va porter ses humeurs chagrines à Montdidier et, à propos de l’honnête Parmentier qui a doté la France de la pomme de terre, il se croit obligé de pérorer sur ses déplaisirs avec les électeurs de la Somme, ou sur les mérites de l’enseignement laïque et civique. M. le ministre de la guerre, entre deux décrets sur la barbe de nos soldats et sur la couleur de nos guérites, va haranguer les élèves de l’École polytechnique, et M. le ministre de la marine lui-même, qui paraît vouloir rivaliser d’éloquence avec M. le ministre de la guerre, va prononcer des discours aussi solennels qu’inutiles en Saintonge ou sur le pont du Borda. Ils font tous des discours avec le même refrain ! Malheureusement nous n’en sommes pas plus avancés ; nous ne savons pas mieux ce que préparent au pays, à