Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/474

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’éternelle victime, des partis qui n’ont d’autre souci que d’abuser de tout, de se servir du pouvoir pour leurs intérêts, et un gouvernement qui n’a que la politique que les partis lui permettent, qui ne sait jamais ce qu’il fera le lendemain. — C’est toujours la représentation républicaine qui, pour ces courtes vacances près de finir, ne peut être mieux résumée que dans ces deux incidens encore récens : les dernières élections de Paris et la grande querelle de M. le ministre de l’intérieur avec les républicains du conseil général de Loir-et-Cher, à propos de M. le préfet de Blois !

Ont-elles une signification, une valeur quelconque, ces élections parisiennes du 2 mai, qui ont si peu occupé l’attention la veille et qui sont déjà oubliées ? Qu’on remarque d’abord que trois cent mille électeurs composant plus de la moitié, plus que la majorité du corps électoral de la Seine, se sont abstenus ; le vrai Paris des affaires, de l’intelligence et du travail sérieux s’est désintéressé d’avance de cette lutte où il n’avait pas même un représentant. Tout s’est passé en famille, c’est-à-dire entre radicaux plus ou moins révolutionnaires. Les deux candidats, M. Ernest Roche et M. Gautier, dont le nom n’est peut-être pas connu de la plupart des Parisiens, étaient des radicaux ; ils avaient, à quelques nuances insignifiantes près, le même programme d’utopie ou de guerre sociale. A eux deux, ils n’ont réuni qu’une minorité du corps électoral, et celui qui a été élu, M. Gaulier, ne représente pas même le tiers de la population votante de la Seine. N’importe ! les radicaux de toutes les nuances n’ont pas moins triomphé. Ils l’ont écrit partout : La grande ville a parlé ! « Paris a protesté contre la politique de piétinement du gouvernement et de la chambre, » contre les compagnies financières, contre la justice bourgeoise ! « Paris a affirmé une fois de plus sa volonté de voir résoudre la question sociale, » — en donnant cent mille voix au prisonnier de Decazeville, au condamné de Villefranche ! La vérité est que Paris n’a rien dit. Il a tout au plus laissé faire, — comme il a si souvent laissé faire, — au risque d’être infidèlement représenté dans le parlement aussi bien qu’au conseil municipal ; mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est le rôle du gouvernement dans cette campagne électorale. On lui a demandé impérieusement la liberté de M. Ernest Roche pour lui permettre de venir soutenir sa candidature : il n’a osé rien refuser, il s’est hâté de suspendre le cours de la justice pour éviter de déplaire à ses alliés du radicalisme, et, dans sa modeste ambition, il a été réduit à considérer comme un succès, un médiocre succès, l’élection de l’adversaire du condamné de Villefranche. C’est l’éternel système. Le ministère se croit obligé de ménager tout le monde, bien entendu le monde républicain, de traiter avec ses amis et alliés, surtout avec les radicaux, en leur livrant au besoin à la première sommation les droits de la justice aussi bien que les fonctionnaires. Tant que cette diplomatie reste à demi voilée, cela peut