Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/66

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provocations, outrages, offenses et diffamations à la juridiction de la cour d’assises, c’est-à-dire du jury ; mais grande difficulté, au contraire, quant au principe de la saisie appliquée aux écrits poursuivis. J’étais contre toute saisie, avant, pendant et même après la poursuite, suivie de condamnation. J’avais soutenu cette théorie avec une extrême vivacité et une profonde conviction l’année précédente ; je la reproduisis sans succès, malgré mes efforts ; je n’obtins autre chose qu’une régularisation du système de la saisie, qui ne rendît pas le fait de la publication illusoire et mensongère. Quant au régime de la presse périodique, j’en laissai le soin à mes collaborateurs. M. Guizot, principal auteur de ce troisième projet, le défendit avec beaucoup de vigueur et de succès. Ce fut dans cette occasion qu’il prononça une phrase mémorable et qui n’a pas obtenu la célébrité qu’elle mérite : « En politique, les principes absolus ne sont absolus qu’en ce sens qu’ils sont despotiques et qu’ils ne veulent pas permettre qu’on examine s’ils ont raison. »

Je ne m’étendrai pas davantage sur le reste du projet de loi, renvoyant, pour l’ensemble, les principes généraux et les questions de détail au grand rapport dont je fus chargé et à la défense que j’en présentai depuis dans deux occasions solennelles. On trouvera d’ailleurs dans mes papiers le texte même de la loi principale, telle que je la concevais, dans sa simplicité pure et rigoureuse.

Tout ceci n’a plus guère aujourd’hui d’importance, dans l’état de servitude volontaire dont jouit et se réjouit la France [1]. Qui pense à la liberté de la presse, sinon pour lui donner le coup de pied de l’âme ? Mais si jamais cet état des esprits vient à changer, si les jours de 1789 et de 1830 viennent à reluire quelque peu, peut-être que les travaux dont il s’agit ici mériteront de n’être pas tout à fait oubliés.

Cette discussion sur la presse fut le beau moment du ministère doctrinaire. Le reste de la session n’eut pas le même éclat ; toutefois, les diverses propositions du ministre des finances obtinrent, et, ce qui vaut mieux, méritèrent l’approbation générale. Parmi les projets de loi qu’il présenta, le plus attaqué fut celui dont le but était de répandre, en quelque sorte d’éparpiller la dette publique, au lieu de la tenir concentrée à Paris. Il autorisait les receveurs généraux à payer dans chaque département les intérêts de la dette, et les contribuables à compenser ces intérêts avec l’impôt foncier. Je défendis vivement ce projet ; j’en montrai les avantages présens et à venir, ces derniers surtout. M. Louis n’en avait pas été assez frappé et convint qu’il n’avait pas su si bien faire. J’ai repris

  1. Il faut se rappeler que ceci était écrit en 1857.