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Poets of America, by E.-C. Stedman. Boston and New-York, Houghton, Mifflin and Cie ; 18853.


Il n’y a pas de pays où l’opinion, une fois faite, ait plus de peine à se modifier qu’en France. On a établi au commencement du siècle que le peuple américain, essentiellement utilitaire, exclusivement préoccupé de progrès industriels, était incapable d’exceller dans le domaine des arts et des lettres. Ce préjugé s’est perpétué outre mesure ; les démentis les plus éclatans n’ont pas suffi pour le dissiper ; et aujourd’hui encore nous le partageons presque tous, jusqu’à un certain point. Sans doute il a bien fallu admettre quelques exceptions : les noms d’Emerson, de Longfellow, de Hawthorne s’imposent ; celui d’Edgard Poë surtout nous est devenu familier, grâce à la belle traduction de Baudelaire ; puis, nous avons cru sur parole l’Angleterre, qui, après être restée longtemps envers l’Amérique dans la situation d’une mère trop lente à reconnaître que sa fille qui grandit est tout près de l’égaler en beauté, outre qu’elle la surpasse en fraîcheur, se décide enfin, contrainte et forcée, à partager avec l’astre naissant quelques hommages. L’incontestable originalité des humoristes de province, les fruits à demi sauvages du dialecte furent d’abord appréciés à Londres ; ils obtinrent le genre d’applaudissemens qu’un prince, dans une heure de loisir, accorde aux grimaces, aux gambades d’un clown ou d’un bouffon. Tout à coup les romans américains affluèrent en nombre considérable sur le marché transatlantique. La Revue a profité la première de cette exubérante floraison. Néanmoins, l’affirmation de M. Stedman qu’il existe aux États-Unis une école de poésie proprement dite, arrivée déjà à la fin de sa première période et dont les principaux