Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 83.djvu/127

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compte déjà plus de 600 adhérens, reçoit continuellement de nouvelles recrues et se divise en cinq groupes cantonaux ; chacun de ceux-ci a son bureau qui se réunit tous les mois, un jour de foire, dans un local loué et aménagé tout exprès, où les membres peuvent s’assembler, traiter leurs affaires et même prendre leurs repas à des prix très modérés. Ils apprécient singulièrement ce repas en commun, et l’un des nouveaux admis disait récemment à M. Milcent : « Ce qui fait surtout plaisir, c’est d’être entre braves gens ; dans l’auberge, on en entend de toutes les couleurs, sans pouvoir rien dire, afin d’éviter les disputes. » Ils y trouvent encore une bibliothèque, des entretiens familiers faits par les membres fondateurs, qui acceptent toutes les charges, tandis que les autres sont surtout appelés à bénéficier des avantages. Les séances se passent avec simplicité et cordialité ; on peut y fumer librement. Un des bénéfices les plus goûtés est l’organisation gratuite de consultations que donnent quatre des meilleurs avocats d’Arbois ; on espère installer bientôt le service médical dans les mêmes conditions et organiser des boucheries coopératives, afin de faire profiter les adhérens de la baisse énorme du bétail. Ici l’horizon s’agrandit : le syndicat de Poligny perce en quelque sorte l’avenir, devance ses confrères et leur trace la route du progrès, car il a une caisse de crédit mutuel qui avance aux cultivateurs honnêtes et laborieux les sommes nécessaires pour compléter leur outillage, acheter une vache laitière, une paire de bœufs de travail, et cette caisse réussit fort bien, puisque tous les billets souscrits ont été scrupuleusement payés. Une fédération vient d’être constituée sous le nom d’Union départementale des syndicats agricoles du Jura.

Le président du syndicat de Die (Drôme) a fait aussi un pas en avant : il n’a pas craint de proclamer le principe de la solidarité que d’autres lui ont depuis emprunté. Tous les membres demeurent solidairement responsables du paiement des marchandises achetées proportionnellement au montant de leurs commandes dans l’année. Un tel système implique nécessairement des relations de confiance entre les syndiqués, une sélection sévère de la part du bureau, il augmente singulièrement le travail de celui-ci et engage la responsabilité du président ; mais la solidarité avec la vente au comptant n’offre guère de danger, puisque chaque souscripteur doit prendre son engrais, et elle offre de puissans avantages. Grâce à elle, le président groupe toutes les commandes de même nature, s’adresse personnellement aux fournisseurs, qui, n’ayant désormais qu’un seul client très solide, n’hésitent pas à faire de grandes concessions, puisqu’ils n’ont plus besoin d’ouvrir un compte avec cinq cents ou six cents acheteurs, de prendre des informations sur leur solvabilité, de correspondre à l’infini. Le bureau du syndicat