Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/480

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enfans, a prolongé son séjour au château de Fredensborg, auprès de Copenhague. La navigation de la Baltique pouvait devenir plus difficile. Le retour en Russie par la Suède risquait d’être pénible pour la famille impériale. Toujours est-il que, pour une raison ou pour une autre, Alexandre III, près de rentrer à Saint-Pétersbourg, s’est décidé à passer par l’Allemagne et à aller jusqu’à Berlin. Il ne doit y rester que peu de temps, quelques heures seulement, dit-on, assez pour voir l’empereur Guillaume, sans s’attarder dans la capitale prussienne. Peu importe le nombre des heures ; le seul fait du voyage a son importance.

Il se peut, sans doute, que la visite d’Alexandre III à l’empereur Guillaume reste un acte de courtoisie et de suprême déférence d’un petit-neveu à l’égard d’un vieil oncle. Il se peut fort bien aussi que le passage du tsar à Berlin ait une influence sur la marche des affaires, sur la direction que M. de Bismarck donnera à la politique qu’il se propose de suivre avec ses alliés en Orient. En un mot, l’interprétation de la triple alliance peut dépendre des rapports que le chancelier allemand se croira intéressé à renouer avec la Russie. C’est là toute la question ! Et voilà comment la situation européenne reste ce qu’elle était, avec ses incertitudes, ses ambiguïtés et ses faiblesses, en dépit de tous les traités plus ou moins secrets, de tous les commentaires et de tous les discours !

C’est une vieille tradition pour les ministres anglais d’assister tous les ans au banquet d’inauguration du nouveau lord-maire de la cité de Londres, et tous les ans le premier ministre saisit l’occasion du banquet de Guildhall pour exprimer ses opinions sur les affaires de l’Europe, sur la politique extérieure et intérieure de l’Angleterre. Cette année, la cérémonie avait une originalité particulière : c’est pour la première fois que le chef municipal élu par la cité est d’une origine étrangère et de la religion romaine. Le nouveau lord-maire, qui est établi depuis longtemps, il est vrai, en Angleterre, M. de Keyser, est Belge de naissance et catholique de religion. C’est lui qui a reçu, avec la somptuosité et les pompes surannées de l’étiquette traditionnelle, les membres du corps diplomatique invités avec les ministres de la reine. Le discours que lord Salisbury a prononcé au festin pantagruélique de Guildhall ne laisse point assurément d’avoir sa signification et son importance. Le chef du cabinet britannique, sans se faire trop d’illusions sur les causes du malaise et du trouble répandus en Europe, a témoigné une certaine confiance dans la durée de la paix ; il a parlé en ministre d’une politique pacifique. Déjà, au banquet de 1886, il s’était hasardé à prophétiser la paix pour l’année où nous entrions, et il ne s’est pas trompé. Peut-être espère-t-il le même bienfait pour cette année qui va s’ouvrir : il en sera ce qui pourra, c’est un vœu honnête et assez vague pour n’être pas compromettant. Ce