Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/104

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de montrer comment, en moins d’un siècle, elle avait atteint un chiffre de publication et de tirage dépassant celui du reste du monde.

Nous voyons cette presse américaine déborder sur l’Europe, multiplier, à Paris même, ses éditions quotidiennes et hebdomadaires, envahir nos kiosques, étaler en bonne place ses agences luxueuses. Avant-garde de cette civilisation américaine, fille de la nôtre, et qui, par un choc en retour, réagit sur nous, elle nous impose maintenant ses procédés de publicité, d’annonces et de réclames, ses en-tête qui forcent l’attention, attirent et retiennent l’œil ; à notre insu, elle agit sur nos mœurs, américanisant l’Europe qui l’a colonisée et peuplée, modifiant nos usages et nos coutumes, charmant les femmes par la liberté d’allures, de conduite et de langage qu’elle laisse aux siennes, semant partout où elle passe ses habitudes de confort minutieux et de somptueux hôtels. Parvenue intelligente, cette civilisation nouvelle, dédaigneuse de notre ancienne simplicité, a plus contribué qu’on ne le croit à développer dans ce Paris où volontiers elle élit domicile, les goûts de dépense, de vie large, qui la caractérisent, et contre lesquels on tente en vain de réagir. Elle représente le progrès matériel, l’activité incessante, la richesse avec ses exigences, moins factices qu’on ne les suppose. Par leur merveilleuse adaptation aux nécessités d’une vie affairée, les moyens employés pour les satisfaire décuplent, en effet, la puissance productrice de l’homme, multipliant par le télégraphe ses moyens d’information, par le téléphone ses moyens de communication, et, par leur systématique application aux plus petits détails de la vie, réalisant une économie de temps, d’employés, d’intermédiaires coûteux et lents.

Dans cette voie, les États-Unis ont devancé l’Europe, qui les imite ; la concurrence l’y oblige, et l’expérience faite par eux semble concluante. Le go ahead, l’impulsion fiévreuse de la marche en avant, est contagieux, et les vieilles traditions évoluent dans le sens de cette orientation nouvelle. Si dédaigneux qu’ils aient longtemps été de Brother Jonathan, les Anglais cèdent au courant ; la jalousie a remplacé le dédain que leur inspiraient ces colons révoltés et émancipés, devenus de redoutables concurrens. Ils empruntent aux Américains leurs procédés pour soutenir la lutte industrielle, et, dans le domaine même de la publicité, où ils s’estimaient passés maîtres, ce n’est pas sans de puissans efforts qu’ils. maintiennent, non plus leur suprématie, mais l’égalité.

Pour mettre en relief les progrès rapides de la presse aux États-Unis, nous nous sommes attaché de préférence à l’étude du New-York Herald et de son fondateur. Le New-York Herald, mieux