Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/898

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entourage immédiat. Rien1 de plus fréquent, d’ailleurs, que la confusion des noms de Bretagne et de Vendée. Pour beaucoup, les guerres de la Vendée et la chouannerie bretonne ne font qu’un, les noms de vendéens et de Chouans sont synonymes. Combien de fois, sachant que je suis né dans le département de la Vendée, ne m’a-t-on pas parlé de ma Bretagne !

La similitude des causes suffît pour expliquer, dans les quatre départemens, la similitude des conséquences ; mais le nom de Vendée représente autre chose que la rencontre des mêmes efforts en vue d’une même fin. Les efforts, au début, ont été isolés et anarchiques ; mais ils se sont promptement combinés, et leur association a eu de tels effets, qu’elle a tout de suite formé une seule province de territoires empruntés à trois provinces différentes. Il reste toujours à expliquer comment a pu se faire et se maintenir cette création spontanée ; comment, après plus de quatre-vingts ans d’une vie séparée, sous des administrations distinctes, l’unité morale de la nouvelle province n’a pu être brisée. L’unité morale s’est même accrue ; elle est plus grande aujourd’hui que n’a été l’unité effective pendant la guerre civile. Il y a eu, en réalité, deux Vendées, la haute et la basse : la Vendée de Bonchamp, de Cathelineau, de La Rochejaquelein, de Stofllet, et la Vendée de Charette. La première est à la fois angevine, bretonne et poitevine ; la seconde est exclusivement poitevine et bretonne. Elles se sont soulevées séparément ; elles ne se sont prêtées qu’avec peine et par intervalles à une action commune ; elles n’ont jamais obéi à une direction commune. Écrasées dans le même temps, elles se sont soumises par des traités séparés, et elles ont encore manifesté leur indépendance réciproque dans la rupture de ces traités. Stolllet ne dégage sa parole qu’après Charette, agit en dehors de lui et succombe avant lui.

Pour bien comprendre la formation de l’unité vendéenne, il faut d’abord étudier à part ces deux unités dont elle n’a été que la fusion. Nous commencerons par la Basse-Vendée, parce que c’est là que l’esprit séparatiste, comme nous dirions aujourd’hui, s’est manifesté d’abord le plus clairement.

La spontanéité, dans la formation des pays comme dans la génération des êtres vivans, n’est jamais que relative. La Basse-Vendée a réuni deux pays préexistans, débris d’une plus ancienne unité, l’un en Poitou et dans le département de la Vendée, l’autre en Bretagne et dans le département de la Loire-Inférieure. Le premier est le pays d’Herbauges ; le second le pays de Retz. Tous les deux datent de l’ancienne Gaule et sont mentionnés par les plus anciens géographes. L’un et l’autre ont mis à la torture les géographes modernes. Leurs limites respectives semblent avoir été,