Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 94.djvu/924

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


s’arrêtèrent surpris et se regardèrent quelques instans avec une sorte d’admiration.

Dans son costume monténégrin, avec sa chaussure fixée par des courroies, son pantalon large, sa jaquette courte et garnie de brandebourgs, sa casquette ronde, plate, ornée de plumes de paon, le handjar et les pistolets à la ceinture, un fusil incrusté d’argent au bras, il apparut à la jeune fille comme un héros des épopées slaves méridionales.

Quant à Zarka, sa beauté était de nature à charmer des regards plus expérimentés que ceux du beau montagnard. Avec son costume moitié slave, moitié turc, ses petites bottes rouges, son court jupon bleu, sa petite jaquette brodée d’or et garnie de fourrure, s’arrêtant à la ceinture, et son petit fez, elle eût été capable de se faire, d’esclave du sultan, sa toute-puissante souveraine, comme jadis la belle Russe Anastasia Listoska.

Son cœur se mit à battre plus vivement dès que son regard se rencontra avec le regard ardent du bel inconnu. Elle se demanda, toute troublée, si ce n’était pas Lazar.

— Qui es-tu ? s’écria-t-elle, d’un ton qui semblait contenir une menace.

— Vak Marjewitsch est mon nom, et j’habite le village, ici tout près, où s’élève la maison de mon père.

— Tu es donc Monténégrin ?

— Certainement ; ne sommes-nous pas en pays monténégrin ? Zarka baissa la tête en pâlissant et comme saisie d’une terreur subite.

— Qu’as-tu donc, ô charmante fille ?

— Rien,.. rien.

De nouveau elle leva ses yeux sur lui, mais en rougissant cette fois. Puis elle se disposa à s’éloigner en murmurant : « Adieu ! que Dieu te protège ! »

— Nous ne devons pas nous séparer ainsi, dit le jeune homme, surtout sans que tu m’aies appris ton nom et celui de ton père.

— Je suis Zarka, la fille de Dragalitsch de Mladoska.

Si elle n’avait pas baissé les yeux en parlant, elle aurait pu voir pâlir l’inconnu en entendant le nom qu’elle venait de prononcer.

— Tu es belle, Zarka ! s’écria-t-il en reprenant presque aussitôt son sang-froid, tu es belle comme l’aube d’un beau jour, comme la rose à peine éclose, comme la lune dans sa robe nuptiale argentée ! Aussi, je t’aime déjà, et je ne te laisserai pas partir ainsi.

— Pourquoi ? que me veux-tu ? demanda-t-elle en tressaillant.

— Je veux te prendre pour femme. Elle secoua tristement la tête.