Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 95.djvu/470

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féminines, si gentils sous les armes, auront fait plus que tous les volumes et tous les discours pour réconcilier le peuple parisien avec l’épouvantail du Tonkin. Chacun a pu observer aux Invalides cet effet de persuasion par l’amusement. Néanmoins l’Indo-Chine continue d’être l’outre aux tempêtes ; elle est d’un usage si commode pour la polémique intérieure ! Nous avons mis un oiseau en cage, personne ne pense à lui rendre la volée, et chacun se défend de le nourrir. Dans cette lamentable histoire, les deux camps adverses ont donné le spectacle d’une égale pusillanimité ; les uns en décriant une entreprise qu’ils savaient bien ne plus pouvoir être abandonnée ; les autres en hésitant dans cette entreprise par peur de ces criailleries. La passion de parti ne saurait faire excuser l’injustice et l’ignorance qui inspirent, depuis des années, les attaques de la presse radicale et de la presse de droite ; c’est toujours la même équivoque ; en critiquant des mesures fautives, on soulève le pays contre le principe même de l’établissement. Ce principe restera, je crois, l’honneur de la troisième république, avec tout le plan d’ensemble de l’empire colonial qu’elle a relevé ; mais la mollesse d’exécution, les changemens de front, les sacrifices quotidiens aux exigences électorales et aux intrigues parlementaires, lui seront durement reprochés.

Quelque opinion qu’on se fasse de ces responsabilités, des événemens fortuits nous ont jeté sur les bras un fardeau ou un trésor, comme on voudra ; nous devons en tirer parti. Il est malaisé de se former un sentiment sur un pays qu’on n’a pas vu ; mais quand on a recueilli les informations d’anciens et bons serviteurs de la France dans ces contrées, on incline à croire que le trésor vaut bien le prix qu’il y faut mettre. Nous avons été chercher le voisinage redoutable de la Chine, dit-on ; c’est la vue pessimiste, il y en a toujours une dans les choses humaines ; la vue optimiste considère qu’il importe de nous assurer les débouchés commerciaux de cet immense marché. Les Anglais s’efforcent d’y atteindre de leur côté ; après les explorations de M. Pavie, on ne saurait douter que les routes les meilleures et les plus courtes soient en notre pouvoir. En dépit des tableaux effrayans et mensongers qu’on nous fait, tous les observateurs dignes de foi s’accordent à représenter ces régions comme favorables à l’établissement de l’Européen, ces peuples comme susceptibles d’être gagnés par une administration avisée et prudente. Quand on apprend à connaître le personnel dévoué qui subit là-bas les à-coups de notre politique, on admire la vigueur et l’excellence des élémens que nous avons à notre service ; parmi ces modestes fonctionnaires, comme dans le peuple dont nous observions l’humour À l’inauguration du Champ de Mars, on découvre d’inépuisables