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REVUE. — CHRONIQUE.

ceux qui se disent des républicains de gouvernement, refusent de rien céder, de se prêter aux transactions possibles parce qu’ils veulent voir absolument dans les conservateurs des ennemis de la république ; les conservateurs, à leur tour, hésitent à s’avancer hors de leurs positions parce qu’ils ne reçoivent des républicains aucun gage sérieux et précis d’une politique plus modérée, — et en définitive c’est le pays, l’éternelle victime, qui paie les frais de cette irréconciliabilité prolongée.

Le malheur des républicains, qui, après tout, devraient être les premiers à prendre l’initiative des résolutions nécessaires, puisqu’ils ont le pouvoir, est de ne pas oser avouer ce qu’ils pensent et de n’avoir pas le courage de conformer leurs actions à leurs pensées. Au fond, c’est bien certain, il y en a beaucoup parmi eux qui sentent que depuis dix ans il y a eu des fautes et plus que des fautes, des abus de domination, des imprévoyances et des excès dans les finances, comme dans la politique religieuse, que même, dans ces lois scolaires dont ils prétendent faire une charte inviolable de parti, il y a des vexations tyranniques, des occasions de froissemens inutiles ; ils le sentent si bien qu’ils sont eux-mêmes humiUés ou embarrassés du zèle de leurs agens allant de temps à autre forcer la porte d’une école avec les gendarmes, et que dans la pratique, ils se prêtent parfois à des adoucissemens. Ils savent, à ne point s’y méprendre, qu’on ne fonde pas un régime par l’oppression des minorités, qu’ils ne feront pas entrer la république dans la famille des gouvernemens réguliers avec la politique des radicaux, qu’ils ne peuvent rien sans les forces conservatrices. Ils sentent et ils savent tout cela ; mais c’est leur illusion ou leur faiblesse : ils ont peur de se livrer, ils se flattent de régner par les divisions ou les équivoques, affectant des ménagemens avec les modérés, sans se brouiller avec les radicaux. Quand ils parlent de conciliation et d’apaisement, on peut être sûr qu’ils sont prêts à racheter cette apparence de modération par quelque acte de parti. — Ils ne peuvent pas, prétendent-ils, traiter avec des ennemis avoués ou déguisés de la république, paraître rechercher ou accepter l’alliance des chefs de la droite. Ce n’est là qu’un mot. Est-ce qu’il s’agit uniquement de quelques chefs parlementaires ? Derrière ces représentans au parlement, il y a les opinions, les sentimens, les instincts des 3 millions et demi d’électeurs qui les ont nommés ; il y a près de la moitié du pays qui, sans se préoccuper le plus souvent de la république ou de la monarchie, vote pour des conservateurs, pour l’opposition, parce qu’elle se sent atteinte, opprimée ou dédaignée dans ses vœux et dans ses intérêts. C’est cette partie du pays, vivante, persistante dans ses manifestations depuis des années, c’est cette masse nationale qu’on met par le fait hors de la loi commune en lui refusant toute justice, — et on touche ici à la racine du problème. Est-ce qu’un parti, eût-il ia majo-