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rite et avec la majorité le gouvernement, a le droit de froisser, de violenter par ses lois, par ses administrations une moitié du pays, de ne tenir aucun compte des sentimens de cette masse dissidente de la population française ? C’est tout simplement faire de la république une institution de secte, c’est la dénaturer et la compromeitre, que de la confondre avec une politique de domination jalouse et irritante.

Oui, assurément, c’est la faute des républicains de n’avoir pas su profiter des circonstances depuis les élections, d’en être toujours à se décider entre le radicalisme qui les retient et une politique avouée de prévoyant et tolérant libéralisme. C’est malheureusement aussi la faute des conservateurs du parlement de n’avoir à peu près rien fait dans cette année, d’en être encore à se débattre dans une situation fausse où ils ne peuvent que se borner à se plaindre, à signaler sans cesse des excès trop évidens et à protester sans résultat.

Oh ! sans doute, parmi eux aussi, il en est beaucoup qui sentent que tout change dans les affaires de la France, que le rôle des vrais conservateurs ne peut pas être de se faire les alliés des aventuriers et des révolutionnaires, d’attendre le bien de l’excès du mal, de subordonner les plus sérieux intérêts du pays au mirage d’une restauration monarchique qui paraît, certes, moins que jamais près de se réaliser. Ils savent bien que la monarchie est loin, que la république existe, qu’elle a été acceptée, sanctionnée par le pays, et que la plus puérile des politiques est d’attendre, sur le bord, que le fleuve soit écoulé pour passer sur l’autre rive. Oui, les conservateurs eux-mêmes le sentent ; seulement, ils n’osent pas se prononcer et avouer tout haut ce qu’ils pensent. Ils sont retenus par de vieilles fidélités et de vieux souvenirs. Ils craignent peut-être un peu leurs salons et leurs relations. Ils se croient intéressés ou engagés à poursuivre une guerre indéfinie de propos mondains, de polémiques acrimonieuses, d’antipathies bruyantes contre la république. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que, depuis vingt ans, ces irréconciliables vivent avec cette république. Ils lui donnent ciiaque jour une adhésion implicite partout ce qu’ils font. Ils lui paient leurs impôts, ils se soumettent à ses lois, ils envoient leurs enfans à ses écoles et à sesrégimens. Ils soutiennent quelquefois ses ministères. Il y a mieux, si on leur propose quelque mesure utile, salutaire, qui par cela même peut servir la république, ils n’hésiteront pas à la voter. Ils sont môles à tout, au bien pour l’approuver, au mal pour le subir, — et, par un phénomène singulier, en subissant les charges de la république, ils se refusent les avantages qu’ils pourraient s’assurer par une franche acceptation d’un régime qu’ils ne peuvent changer. — Mais ce sont, dit-on, les républicains qui excluent les conservateurs, qui ferment les portes de la république, qui découragent les adhésions. Il ne s’agit pas du tout de ce que veulent ou ne veulent pas certains républicains. La question, pour les conservateurs, est d’entrer simplement.