Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/543

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autre, Louis, évêque d’Agde ; l’abbé Basile, chancelier des ordres du roi. Il n’était bruit que de ses richesses, et comme, il n’était pas, à l’exemple du cardinal, un avaricieux riche, de ses richesses qui s’épanchaient en libéralités. On nommait, on se montrait les beaux esprits, les poètes, les artistes, les sculpteurs, les peintres, les architectes, dont il était vraiment le protecteur et le Mécène, un Corneille, un Molière, un La Fontaine, un Pellisson, un Le Vau, un Le Nôtre, un Michel Anguier, un Mignard, un Le Brun. On citait son logis de Saint-Mandé et surtout son domaine de Vaux, qui, d’une maisonnette et d’un jardinets acquis vingt années auparavant par son père, était devenu un palais superbe à l’entrée d’un parc immense, peuplé de statues de marbre et baigné d’eaux jaillissantes. Mais ce qu’on vantait par-dessus tout, c’était la douceur de son commerce, son affabilité, sa bonne grâce ; les femmes, ce disait-on, raffolaient de lui.

Sur ce chapitre, sur la galanterie, ou plutôt sur les galanteries de Foucquet, il convient de rester dans la mesure. Galant, assurément il l’était, mais non pas libertin, et c’est aller trop loin que de traiter ses passions d’effrénées et que de parler du « scandale de ses mœurs. » Un homme si occupé, si préoccupé, avait peu de temps à sacrifier au plaisir. Qu’il ait eu des maîtresses, ce n’est point contestable, mais non pas toutes celles qu’on lui a prêtées, d’après les prétendues révélations de la fameuse « cassette amoureuse. » En tout cas, il a eu l’anonyme charmante qui lui a envoyé ce billet, d’un naturel exquis : « Je pars à la fin demain, assez incommodée, mais ne sentant point mon mal, dans la joie que j’ai dans la pensée de vous voir bientôt. Je vous en prie, que, le jour de mon arrivée, j’aie cette satisfaction. Je ne vous puis exprimer l’impatience où j’en suis, et moi-même je ne la puis trop bien comprendre ; mais je sens qu’il ne seroit pas bon que je vous visse la première fois en cérémonie, parce que ma joye seroit trop visible. Adieu, mon cher, je t’aime plus que la vie. » On a cherché vainement la signataire de ce billet passionné ; M. Lair, qui le cite, ajoute avec infiniment de bon goût : « Je découvrirais son nom, qu’il me semblerait indélicat de le publier. » Ce n’est certainement pas la marquise du Plessis-Bellière, qui, de même que Mme de Sévigné, son amie, courtisée par Foucquet peut-être, n’a jamais été sa maîtresse. Comme Mme de Sévigné, elle lui est demeurée, dans le malheur, fidèlement, passionnément attachée ; mais, pour citer encore un joli mot de M. Lair : « Elle était l’amitié, non pas l’amour. »

Foucquet n’est pas un voluptueux, un épicurien ; c’est un ambitieux. Quò non ascendam ? Pour un ambitieux, les femmes sont de précieux auxiliaires. Dans la guerre d’intrigues parmi lesquelles il lui importe de discerner les manœuvres de l’ennemi, elles sont