Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/558

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Il savait que son père allait bientôt faire un voyage à Anspach pour y voir sa fille cadette, récemment mariée au prince de ce pays. De là, Frédéric-Guillaume devait rendre visite aux principales cours de l’Allemagne occidentale. Le prince pensa que l’occasion désirée se présenterait au cours de cette excursion. Au camp de Mühlberg se trouvait un diplomate anglais, le capitaine Guy Dickens, qui était sur le point de se rendre à Londres pour y porter des propositions du roi de Prusse relatives à l’affaire des mariages, qui n’était pas encore tout à fait rompue. Frédéric, habitué à traiter avec les ministres étrangers, informa le capitaine de ses intentions : il s’échapperait pendant le voyage d’Anspach, irait à Paris passer six ou huit semaines, et de là en Angleterre. Il ajoutait, avec la suffisance d’un jeune conspirateur, que « toutes ses mesures étaient prises, et qu’il comptait que la cour de Londres faisait le nécessaire en France, pour qu’il y trouvât aide et protection. » Katte, qui était au courant de ces pourparlers, offrait de se rendre à Anspach, où il se tiendrait aux portes de la ville, avec des chevaux, ou bien de s’habiller en postillon et de suivre ainsi le prince, — ce qui était une folie pure, — jusqu’à ce que l’heure propice se rencontrât.

Cependant le camp de Mühlberg fut levé ; le roi, le prince et Katte rentrèrent à Berlin. Frédéric attendit avec impatience le retour de Guy Dickens, qui arriva le 9 juillet, apportant, en même temps que de nouvelles propositions de sa cour au sujet des mariages, une réponse aux confidences de Frédéric.

Sa majesté britannique donnait à son altesse les assurances les plus fortes de sa compassion et de son désir sincère de la tirer d’un si triste état, mais elle ne croyait pas que la situation où les affaires de l’Europe se trouvaient, dans ce moment critique, fût propre à l’exécution du dessein de son altesse. Elle lui conseillait donc de différer un peu, et d’attendre au moins les suites de la négociation des mariages. Le temps manquait d’ailleurs pour s’informer de l’accueil que la France réserverait au prince, s’il se retirait dans ce pays-là… Cette réponse était écrite dans une sorte d’instruction officielle ; la cour d’Angleterre traitait donc Frédéric comme un souverain ; il semblait qu’elle accréditât son envoyé auprès du fils, en même temps qu’auprès du père. Guy Dickens était chargé en outre d’offrir une douceur au prince : il lui proposerait de payer ses dettes, mais en échange de la promesse de ne pas s’évader.

Le soir même de son arrivée à Berlin, Guy Dickens reçut la visite de Katte, qui le mena sous le portail du château, où le prince vint les rejoindre. L’envoyé fit sa commission : Frédéric accepta l’offre de payer ses dettes, et même, comme il avait une présence