Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/576

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désertion l’acte de son fils. Le colonel Frédéric a voulu déserter : il est donc justiciable d’un conseil de guerre. Le roi parle d’un conseil de guerre, quand le prince demande la communion à Cüstrin. Le 21 septembre, il ordonne formellement la mise en jugement du déserteur. Un mois après, il constitue le conseil sous la présidence du lieutenant-général von Schulenbourg, et lui défère en même temps les complices du prince : Keith, qui a réellement déserté ; Katte qui a prémédité la désertion avec commencement d’exécution ; le lieutenant von Spaen, qui a commandé la voiture à Leipzig en décembre 1729 ; le lieutenant von Ingersleben, qui a connu le projet de Frédéric (car il accompagnait Katte dans la visite de nuit faite à Potsdam, la veille du départ du roi) ; en outre, il a favorisé les amours du prince avec la fille du Cantor. Le conseil, composé de trois généraux-majors, de trois colonels, de trois lieutenans-colonels, de trois majors, de trois capitaines, siégera le 25 octobre à Köpenick. Chaque groupe aura une voix, et le président une.

Quel jugement le roi attendait-il du conseil, en ce qui concernait son fils ? Il avait vu peu à peu, au cours de l’instruction, l’accusation s’atténuer et fondre dans ses mains. Elle n’avait découvert ni la promesse écrite donnée par Frédéric d’épouser la princesse Amélie, ni les intrigues avec les ministres des puissances. Les relations avec l’étranger se réduisaient à une demande d’asile en Angleterre, qui avait été repoussée ; le roi lui-même était obligé d’en convenir : « Il est certain, écrit-il au prince d’Anhalt, que l’Angleterre a tout su, mais qu’elle a déconseillé la désertion. » Le prince avait déclaré qu’il voulait se retirer en France, et Katte lui avait conseillé de s’arrêter en Alsace, chez le comte de Rottenbourg, ancien ministre de France à Berlin ; mais, d’une intrigue politique avec la France, d’une complicité de celle-ci, il n’y avait pas trace.

Restait donc la désertion simple, mais l’accusé ne convenait pas de ce crime. Il avait voulu fuir, parce qu’il était maltraité ; il était un fils qui se dérobait aux mauvais traitemens de son père ; il ne sortait pas de là. « Ce petit coquin, disait le roi, est d’une habileté et d’une opiniâtreté invincible à se défendre, supposant toujours à dire qu’il eût voulu déserter. » Le roi finissait par craindre de ne rien trouver dans « ce procès de sorcières. » Il allait jusqu’à traiter parfois l’affaire « d’escapade, » puis, le moment d’après, ne jurait que « par potences et par roues. » Il ne pouvait se résigner à laisser dire que toute sa rigueur s’acharnait sur un « tour de jeunesse. » Il promettait à Degenfeld de faire la preuve qu’il s’agissait d’une chose projetée depuis un an et jour, et bien et dûment préméditée. » Il surveillait la rédaction de l’extrait des actes de l’instruction, préparée par l’auditeur général Mylius, et qu’il avait dessein de publier (qu’il ne publiera pas d’ailleurs).