Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/579

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qu’alors même qu’ils seraient en état de le juger comme officier, ils ne pourraient regarder comme une vraie absence, — Absentirung, — un projet de fuite non réalisé : le prince leur paraît assez puni par la destitution de sa charge de colonel et par le rigoureux arrêt à Cüstrin. Puis, considérant que le chef principal d’accusation est la désobéissance à la volonté paternelle, ils se récusent. Comme ce sont choses qui se sont passées entre père et fils, comme le prince royal s’est humilié devant sa majesté et soumis en toute chose à sa volonté ; comme il ne demande rien que sa grâce et promet de faire tout ce que sa majesté exige et commande, ils ne peuvent, en leur qualité de vassaux et sujets, prononcer sur le fils et la famille de leur roi.

Les majors, après avoir chargé Katte, sans la complaisance et complicité duquel le dessein serait resté matière à discours, font pour le prince la distinction dont ils ont refusé le bénéfice à Katte, entre l’intention et l’acte ; ils concluent aussi que l’affaire est entre père et fils ; ils rappellent la soumission et les promesses du prince et se déclarent incompétens ; c’est à la puissance paternelle et à l’autorité royale de punir ; un jugement de justice usurperait sur cette puissance et autorité ; aucun officier, vassal et sujet, n’a qualité pour juger sur le fils de son roi, et un tel jugement ne serait pas valable.

Les lieutenans-colonels énumèrent longuement les griefs contre le prince, mais l’en déchargent en partie sur les très méchans hommes qui l’ont conseillé ; ils rappellent son repentir, ses promesses, la rigueur de son arrêt, et, attendu qu’ils ne trouvent ni lois, ni édits, ni coutumes applicables à la circonstance, déclarent ne pouvoir faire autre chose, sur leur serment, devoir et conscience, que de remettre le prince à la très haute et paternelle grâce de sa majesté.

Les colonels, après avoir protesté qu’ils ont pesé une chose si délicate, conformément au solennel serment qu’ils ont prêté à sa majesté et à toute sa maison, se croient obligés, en leur science et conscience, comme fidèles et dévoués vassaux, comme juges responsables non-seulement devant le monde, mais devant le sévère tribunal de Dieu, à représenter en toute obéissance, soumission et humilité, qu’ils se sentent beaucoup trop faibles et petits pour juger sur la personne de l’altesse royale du prince royal. Ils considèrent que la retraite, — Retirade, — projetée est une affaire d’État et de famille, entre un grand roi et son fils ; que c’est un acte relevant de la puissance paternelle, où aucun conseil de guerre ou juge laïque ne doit avoir l’audace de s’immiscer. Ils terminent sur le repentir, la soumission, les promesses du prince, qui s’est jeté