Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/621

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La République Argentine a traversé, il y a quelques mois, une crise violente, dont les surprenantes péripéties ont dû laisser les lecteurs français fort perplexes. La révolution qui a ensanglanté les rues de Buenos-Ayres offre, en effet, des contrastes d’une rare originalité. Inaugurée par un coup de force, elle fait d’abord étalage d’appareil militaire, de fusils et de canons. Elle est refoulée sur ce terrain contre toute attente, mais révèle sa puissance précisément après avoir mis bas les armes. Quand on la suppose finie, elle balaie ses vainqueurs par une poussée irrésistible d’opinion. Ce n’est pas tout : cette émeute, partie d’une allure enragée, s’incline en plein combat vers un dénoûment légal. Elle renverse un gouvernement sans ébranler les institutions. Au rebours de toutes les émeutes, les insurgés ont pour alliés dans celle-ci le commerce, l’industrie, la haute banque, le clergé, les intérêts conservateurs. Voilà bien des anomalies qui méritent explication, et dont en France on a lieu de désirer de se rendre compte par d’autres sentimens que ceux d’une simple curiosité rétrospective. Il est bon qu’on y soit exactement renseigné sur un pays où nos compagnies sont en train de construire plus de 2,000 kilomètres de chemin de fer et où, sous des formes diverses, nos capitaux se trouvent engagés pour près de 1 milliard.