Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/786

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se refuser à en faire l’essai. Puisieulx avait donc, en nommant son successeur, à lui faire connaître nettement de quelles instructions il entendait le charger.

On voit que sur deux points également importans une décision était exigée et ne pouvait se faire attendre. Mais il fut tout de suite évident que Puisieulx n’était pas homme à prendre une résolution énergique et encore moins, une fois prise, à la suivre avec vigueur. Pour commencer, au sujet de la négociation entamée à Vienne (de toutes les affaires évidemment la plus pressante, et celle qui voulait être menée avec le plus de secret et de rapidité), il parut, en vérité, ne savoir absolument que faire. Il pouvait, à son gré, ou la prendre en main avec le désir et le dessein de la faire réussir, ou s’en dégager complètement, c’était son droit, puisqu’il n’y avait personnellement pris aucune part. Il ne sut adopter ni l’un ni l’autre parti. Il permit à Richelieu de reprendre et de continuer avec Brühl une correspondance privée, mais sans s’y mêler lui-même directement, en quelque sorte en fermant les yeux et en s’abstenant d’y donner aucun caractère officiel. C’était le vrai moyen de rendre la tentative, non-seulement insignifiante, mais ridicule.

Il était possible, en effet, que Marie-Thérèse, sous l’influence d’une défaillance passagère, eût conçu un instant la pensée de s’entendre directement avec la France. Il était possible aussi et peut-être plus vraisemblable que, satisfaite de la chute de d’Argenson, elle fût tentée de voir si son successeur serait moins que lui enchaîné sous le joug de la Prusse. Mais l’essentiel, en tout cas, était de l’aboucher directement avec un négociateur véritable, ayant en main tous les pouvoirs pour conclure et dont la parole lui inspirât confiance. Le détour suivi par Puisieulx ne lui offrait rien de pareil. Comment aurait-elle pu prendre au sérieux une conversation en l’air qui lui arrivait par une voie indirecte, sur la foi d’un ambassadeur de parade tel que Richelieu, connu seulement à Vienne par l’éclat d’une frivole élégance ? Il n’y avait rien là qui pût l’engager à se compromettre dans une démarche d’une nature par elle-même très délicate. Tout était donc manqué d’avance, et il aurait fallu être volontairement aveuglé pour conserver sur un succès, toujours peu probable, la moindre illusion.

Une seule personne peut-être aurait pu avoir, même dans ces conditions mal définies, une autorité personnelle suffisante pour se faire écouter. C’était Maurice, au comble maintenant du crédit comme de la renommée, et dont un mot pouvait suppléer à toutes les instructions ministérielles. Mais Maurice, on l’a vu, n’était pas entré sans hésitation dans une négociation qui, si elle réussissait et mettait un terme à la guerre, ne pouvait manquer de lui enlever,