Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/849

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que je suis malade on m’arrête… Je ne puis pas bien comprendre pourquoi. Au moindre mot, j’eusse remis tout sans qu’il eût été besoin des extrémités où l’on m’a mis. Ce que je demande est peu ; c’est de convertir ma prison en exil, au lieu du royaume le plus éloigné de la cour. J’ai une méchante chaumière au fond de la Bretagne, je consens d’être relégué là. M. de La Meilleraie, qui ne m’aime pas, verra ma conduite. Je signerai, sous peine de la vie, de ne me mêler d’aucune affaire. En l’état où je suis, qui est à dire plus rien, on n’a plus guère d’amis. De mon côté, voulant quitter les pensées de toutes choses et faire mon salut, ils seront fort désabusés. » Pour réponse il reçut la défense de rien plus écrire sans l’ordre du roi.

D’Angers, il fut transféré au château d’Amboise. Dans les rues, par les chemins, il fut poursuivi par les malédictions du populaire. Était-ce à lui Foucquet, personnellement, que s’adressaient ces clameurs ? Non, c’était au personnage dénommé surintendant des finances, à l’ogre, qui par ses agens de toute sorte, trésoriers, receveurs, collecteurs, fermiers, commis, recors, garnisaires, se faisait apporter, pour la dévorer, la subsistance et la substance même des peuples. D’Amboise à Vincennes, ce fut même escorte, durant toute une semaine de froidure, entre Noël et le premier jour de l’an 1662. A Vincennes, il fut logé dans le donjon, au secret, sans voir personne autre que d’Artagnan, sans pouvoir écrire ni lire, sinon quelques livres de piété.

Le 4 mars, les interrogatoires commencèrent. L’ancien procureur-général allégua ses privilèges ; le surintendant, ne devant compte qu’au roi, refusa de reconnaître la compétence de la chambre ; néanmoins, ces protestations faites, il consentit à répondre. Les premières questions portèrent sur quelques-uns de ses anciens commis, Delorme, un de ses dénonciateurs, Bruant qui était en fuite, Pellisson qui était prisonnier. Les dernières, plus importantes, eurent pour objet ses emprunts et ses prêts au roi : n’avait-il pas confondu les comptes du roi et les siens ? Il répondit qu’il avait toujours pris garde que la confusion ne fût pas faite. Les jours suivans, après avoir dit qu’il avait 7 ou 8 millions de dettes et qu’en fait il était beaucoup plus pauvre qu’avant son entrée à la surintendance, il eut à répondre sur diverses opérations, emprunts, traités et affermages ; on y reviendra plus tard, au moment critique de la procédure. A dater du 14 mars, les interrogatoires touchèrent à la politique, aux fortifications de Belle-Isle, aux vaisseaux armés pour le compte du surintendant, enfin au fameux plan de défense.

A Paris, quelques initiés seulement étaient à peu près informés de ces commencemens d’instruction ; tout à coup, vers la fin de