Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/898

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l’architecture sans consistance, le premier plan vide et noyé dans une ombre opaque. Le buste de la reine posé sur une table et cinq vers tirés d’une poésie de J. Vondel, écrite pour la circonstance, rappellent seuls l’événement dont Sandrart a voulu consacrer le souvenir.


IV

On le voit, parmi les peintres qui, jusque-là, avaient abordé ces sujets, la plupart acceptaient simplement la disposition adoptée par les peintres primitifs et ne se lassaient pas de juxtaposer, dans des attitudes plus ou moins variées, les portraits des personnages qu’ils avaient à représenter. Bien peu d’entre eux avaient essayé de renouveler cette donnée aussi rebattue ; mais la timidité de leurs essais ou l’insuffisance de leur talent condamnaient ces tentatives toujours hésitantes et incomplètes. Les plus hardis, ceux qui voulaient mettre plus d’animation dans leurs œuvres, se contentaient de réunir autour d’une table les membres des associations militaires et de nous les montrer délibérant ou buvant entre eux. Aucun n’avait eu l’idée de les peindre groupés dans une de ces actions communes, — exercices de tir, prise d’armes ou patrouilles, — qui étaient la seule raison d’être de ces associations. Chargé à son tour de l’exécution d’un grand tableau destiné à orner la salle nouvellement bâtie du Doelen des coulevriniers d’Amsterdam, Rembrandt n’était pas homme à subir le joug des traditions établies, ni même à se plier aux exigences qui n’avaient pas cessé de peser sur ce genre de peintures. L’épisode qu’il devait traiter lui avait-il été indiqué en même temps que la commande lui était faite, ou bien en avait-il eu lui-même la pensée ? de toute façon, il entendait conserver toute sa liberté. Devenu, presque dès son arrivée à Amsterdam, le portraitiste à la mode, il avait bien pu, momentanément du moins, garder quelques ménagemens vis-à-vis de ses modèles ; mais, depuis plusieurs années, il avait retrouvé son indépendance et il s’abandonnait de plus en plus à son humeur un peu fantasque. Comme on disait alors, il fallait désormais a non-seulement le payer, mais le prier. » Les grands tableaux et les compositions de son choix, dans lesquelles il pouvait se donner carrière, le tentaient maintenant davantage. On comprend cependant que le sujet qu’on lui proposait ainsi fût de nature à lui plaire. Emprunté à la réalité, il parlait aussi à son imagination, et il réveillait en lui les meilleurs souvenirs de son enfance et de sa jeunesse. Dès ses premières années, il avait pu voir la place que les corporations militaires tenaient dans sa ville natale. Quand, chaque année, au jour anniversaire de la délivrance, le 3 octobre, les cloches sonnant à toute volée, les membres de la milice bourgeoise défilaient fièrement à