Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/901

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le groupe de Banning Cocq et de son lieutenant. Rembrandt devait chèrement expier, au cours de l’exécution de son œuvre, ce manque d’études préparatoires, qui explique, en tout cas, les inégalités, les défauts de proportion qui déparent cet ouvrage, les surcharges ou les repentirs qui y sont restés apparens. Il est certain encore que les armes de ces personnages sont bien hétérogènes, que leurs costumes sont d’une bigarrure extrême et que le désordre inouï qui règne parmi cette troupe donnerait une assez pauvre idée de sa discipline. Enfin, malgré toutes les explications proposées à ce sujet, plusieurs des figures demeurent énigmatiques, ces deux petites filles, par exemple, dont l’une porte un coq suspendu à sa ceinture. Serait-ce là, comme l’indique M. Meyer, une allusion au nom du capitaine ? Ou bien, comme il est plus probable, l’oiseau est-il un prix destiné aux exercices du tir ? ou enfin, comme le croit Fromentin, Rembrandt a-t-il simplement introduit ici ces deux en fans sans aucune intention, parce qu’il avait besoin de cette note claire dans l’arrangement de ses groupes et qu’elle « faisait bien » dans son tableau ? On a pu se demander également pourquoi ces gens étaient si agités, où ils allaient, où même ils étaient ? Des critiques en quête d’anecdotes ont proposé pour ces divers problèmes des solutions plus ou moins plausibles, cherchant quel fait historique a pu motiver cette prise d’armes ou s’évertuant, sans plus de succès, à localiser la scène, à déterminer exactement la porto d’où sort cette troupe affairée et le pont sur lequel elle passe. Sur ces divers points, nous le croyons, Rembrandt a donné libre cours à sa fantaisie. Parmi les élémens que lui fournis sait la nature, il a choisi ceux qui lui paraissaient les plus pittoresques pour les combiner avec ceux que lui suggérait son imagination et résumer ainsi, dans une œuvre originale, les traits essentiels et vraiment typiques d’une pareille donnée. Reconnaissons cependant qu’à première vue, un spectateur non prévenu ne saurait se méprendre sur les intentions du maître. C’est bien une Prise d’armes de la garde civique que nous avons sous les yeux. Les deux chefs se sont rendus au local de la compagnie, et, pour hâter la mise en marche de leur troupe, ils se portent eux-mêmes en avant. Le capitaine donne ses ordres à son lieutenant pendant que, derrière eux, le tambour bat le rappel et que le porte-étendard agite en l’air le drapeau. Chacun se presse, prend son arme, qui un mousquet, qui une lance ou une hallebarde ; les chiens aboient, et, au milieu du tumulte général, les enfans, toujours à l’affût de pareilles fêtes, se faufilent en courant parmi les groupes. On le voit, la composition répond nettement aux idées qu’éveille le sujet et ne laisse aucune équivoque. Mais un reproche plus sérieux lui a