Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/961

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La spéculation qui s’est occupée de la rente française ne s’est pas plus préoccupée de l’état des marchés étrangers que des raisons de politique intérieure qui auraient pu l’engager à plus de circonspection. Les cours du 3 pour 100 ont ainsi cessé de dépendre, à un degré plus ou moins accentué, des mouvemens imprimés aux cours soit des consolidés anglais, soit de la rente italienne, soit des autres fonds, quels qu’ils soient.

Les Consolidés britanniques, après une très vive reprise de 94 à 96, se sont arrêtés à 95 3/4. Le marché de Londres est fort loin d’être encore remis de la secousse qu’il a subie le mois dernier, et celui de New-York est en plein désarroi. Une spéculation effrénée sur l’argent fin, des accumulations extraordinaires de marchandises et de stocks de toutes sortes de produits en vue de l’adoption du bill Mac-Kinley, une tension insolite pendant plusieurs mois de tous les ressorts du crédit, un système de circulation monétaire dépourvu de toute élasticité, des ventes énormes effectuées à New-York pour le compte de Londres, en titres de chemins de fer américains, actions et obligations, ont déterminé en Amérique l’explosion d’une crise des plus graves, et dont les effets auront une longue répercussion.

Le crédit est atteint partout. Les banques de New-York ont été impuissantes à sauvegarder la situation, leurs réserves étant épuisées par la multiplicité des besoins et par l’étroitesse de la base statutaire où se meut leur action. Les faillites ont commencé à se déclarer, isolément les premiers jours, par séries aujourd’hui. Le gouvernement américain fait ce qu’il peut. Il achète des bons fédéraux, escompte des coupons de la dette publique, paie des arrérages de pensions, rend au marché par ces diverses voies ce qu’il lui enlève d’un autre côté par la perception des droits de douane. Le taux du change étant devenu favorable à des importations d’or d’Europe, les expéditions ont commencé et les Banques associées de New-York comptent que d’ici à deux ou trois semaines l’ancien monde aura envoyé au nouveau pour 50 millions de francs environ du précieux métal. Les dernières dépêches d’Amérique signalent un commencement de détente dans la situation.

Les fonds étrangers n’ont pas été aussi favorisés que les rentes françaises. Leurs mouvemens sont déterminés par la situation de place à Londres et à Berlin, et on vient de voir que, sur l’un de ces deux marchés, le travail de liquidation générale nécessité par la crise récente était loin d’être achevé. Il en est de même en Allemagne, où les engagemens en fonds russes, en roubles et en rente italienne sont encore difficilement soutenus. De plus, le marché berlinois est directement affecté paroles embarras inextricables où se débat, entre les intéressés européens et le gouvernement de Buenos-Ayres, le sort des finances argentines. La haute banque allemande proteste contre l’arrangement