Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 98.djvu/953

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Va-t-elle, encore une fois, céder h cet instinct qui pousse les grandes nations européennes à se jeter sur les continens inexplorés, dans les déserts africains, à la recherche d’une extension de puissance ou d’influence ? Pour aller droit au fait, serions-nous sur le point de voir renaître, à propos du Dahomey, les beaux jours du Tonkin ?

Cette question imprévue et bizarre, elle a fait une petite apparition dans nos débats parlementaires, à la veille des vacances ; elle reparaîtra sûrement au retour des chambres. Évidemment, il se prépare quelque chose dans cette partie occidentale de l’Afrique qui s’appelle la côte des Esclaves, non loin des bouches du Niger, dans ce golfe de Bénin où la France a, comme d’autres puissances, comme l’Angleterre, comme l’Allemagne elle-même, quelques postes, quelques factoreries. La France a vécu longtemps en paix sur cette côte, établie dans le petit poste de Kotonou, exerçant une sorte de protectorat sur le petit État de Porto-Novo, entretenant des relations, consacrées par des traités, avec le royaume plus vaste du Dahomey, qui s’étend à l’intérieur. On ne parlait guère du Dahomey, lorsqu’il a plu à ce petit potentat nègre, qui se livre à des sacrifices humains dans son royaume et a une armée fantastique d’amazones, de se jeter sur nos possessions, de renier ses traités, de contester nos droits, notre protectorat à Porto-Novo. La France s’est bornée d’abord à temporiser, en repoussant toutefois les agressions des bandes armées qui ont assailli nos postes. Elle a eu même la condescendance d’envoyer dans la capitale du Dahomey, à Abomey, le gouverneur de nos possessions, qui a été berné, humilié et n’a rien obtenu. La guerre a recommencé, avec tout son cortège de pillages, d’incendies, de razzias, enlevant femmes, vieillards, enfans, destinés à d’horribles holocaustes. C’est alors que le gouvernement français s’est cru obligé de prendre des mesures plus énergiques. Il avait envoyé déjà quelques compagnies de tirailleurs sénégalais qui, sous un vigoureux officier, se sont bravement conduits. Ces jours derniers, il vient d’expédier une petite escadre, pour appuyer la défense de nos postes et mettre le blocus devant la côte des Esclaves, de façon à interdire les débarquemens d’armes. Un premier pas est donc fait dans la voie des opérations de guerre. Que fera-t-on maintenant ? Se contentera-t-on d’assurer la protection de nos postes, de nos nationaux, de nos cliens, de réprimer les insultes des hordes dahoméennes ? Se décidera-t-on à organiser une véritable expédition, à pénétrer dans le Dahomey, à procéder, comme l’a dit le sous-secrétaire d’État des colonies, « non par de petits efforts successifs, mais par un effort vigoureux et décisif, » pour mettre à la raison un roi barbare ? C’est la question que les chambres auront à résoudre.

Que les pouvoirs publics français tiennent à sauvegarder nos intérêts, la dignité du drapeau et même, s’ils le peuvent, à mettre un terme à ces boucheries des sacrifices humains accomplis aux portes de nos