Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/679

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A quelque temps de là éclatait la grande crise allemande ; George V épousait la cause de l’Autriche, son royaume était envahi par une armée prussienne et il perdait à jamais sa couronne. Ce sont de ces cas où l’on reconnaît ses vrais amis. M. Windthorst garda au roi déchu une inviolable fidélité. Il ne le suivit pas dans l’exil et ne rentra pas dans la vie privée ; mais il se mit à la tête du parti protestataire du Hanovre. George V, revenu tardivement de son erreur, le choisit pour son mandataire, le chargea de revendiquer ses biens confisqués. Vaine entreprise ! Ce trésor mystérieux, dont il n’a jamais été tenu aucune comptabilité, devait servir à stipendier ce qu’on a appelé la presse des reptiles, et aussi, paraît-il, à venir quelquefois en aide à de grands personnages qui se trouvaient dans de grands embarras. Les Hanovriens qui redemandaient leur roi envoyèrent M. Windthorst siéger au Reichstag constituant de 1867. Dans cette assemblée, comme dans la seconde chambre de Prusse, le député de Meppen fut le chef du parti guelfe. Ce parti n’était qu’un petit groupe, et la tâche de le conduire était aussi modeste qu’ingrate. M. Windthorst n’avait pas encore trouvé l’occasion de montrer tout ce qu’il était ; M. de Bismarck la lui fournit dès 1871.

Pendant la campagne de France, M. de Bismarck avait eu de grandes joies ; mais il avait éprouvé aussi quelques déplaisirs, des froissemens d’amour-propre. Il se plaignait amèrement que les généraux, enivrés de leurs succès, étaient tentés de s’en attribuer toute la gloire, de méconnaître ses services, d’oublier tout ce qu’ils lui devaient. Il se plaignait surtout d’avoir à la cour des ennemis, des jaloux, qui aimaient à dire qu’il n’y a point d’homme nécessaire ; que, si jamais le chancelier avait des difficultés avec son souverain et tombait en disgrâce, on trouverait bien vite à le remplacer. Il voulut assurer son omnipotence contre tous les risques, contre tous les retours de fortune. Quel que fût son dédain pour les partis et quoiqu’il eût déclaré que le fléau de notre temps était « l’adoration byzantine des majorités, » il s’occupa, toute affaire cessante, de s’en créer une qui fût bien à lui et lui servît de rempart contre toutes les attaques. A cet effet, il devait obtenir le concours des libéraux-nationaux, nombreux alors et fort remuans. La première satisfaction qu’il leur donna fut de supprimer la division catholique du ministère des cultes, qui passait pour se gouverner par les conseils d’une illustre famille polonaise, apparentée à la maison de Prusse. Cette famille lui était suspecte. Il se procura ainsi tout à la fois le plaisir de se gagner des amis et de détruire un ennemi. Peu de temps après, on fit une loi sur l’inspection des écoles. La guerre était déclarée dès ce jour à l’Église, et on allait procéder à des mesures bien plus graves encore.

Les députés catholiques s’émurent, se concertèrent, le parti du centre