Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/134

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dans les propositions primitives. » S’associant à ce reproche, le rapporteur du budget des colonies, M. Delcassé, a proposé effectivement d’inscrire à ce budget, pour un million, les dépenses du Dahomey. Le rapporteur général résume en ces termes, non sans quelque amertume, les griefs de la commission contre le ministre des finances : « Nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer ici que le gouvernement, après avoir écarté ces dépenses qu’il connaissait pour la plupart au moment de la préparation du budget, en a peu après demandé l’inscription, détruisant ainsi l’équilibre du budget qu’il avait présenté, sans apporter aucune ressource nouvelle pour y faire face. »

M. Rouvier avait répondu, à l’avance, par un conseil aigre-doux adressé à la chambre et qui tendait à rejeter sur elle la responsabilité de l’augmentation des dépenses et de la désorganisation du budget. « Au premier rang des causes d’aggravation des dépenses publiques, dit-il dans l’exposé des motifs du budget, il faut citer la facilité avec laquelle, trop souvent, des lois sont votées qui, sans la moindre ressource correspondante, rendent inévitables des charges nouvelles. Le gouvernement ne peut que les enregistrer quand la répercussion s’en fait sentir sur le budget. C’est au moment où la dépense prend naissance que, sauf de rares exceptions, il conviendrait d’assurer à l’État un surcroît équivalent de ressources. Nous faisons appel à la vigilance des chambres pour prévenir désormais un abus dont la persistance rendrait singulièrement malaisé l’établissement du budget. » L’abus que signale M. Rouvier n’est pas particulier à la chambre actuelle, car nous avons trouvé antérieurement les mêmes plaintes dans la bouche de M. Tirard et de M. Léon Say. L’important n’est pas de prononcer sur ce litige ni de faire la part des responsabilités, c’est de dégager et de mettre en lumière le résultat des mauvaises pratiques qui viennent d’être passées en revue. On ne saurait y apporter plus de franchise et de netteté que M. Cavaignac : « Il y a dix ans, dit-il, les préoccupations qu’excitait l’accroissement constant de notre dette en pleine paix avaient acquis une intensité singulière. Si le crédit de la France n’était point ébranlé par ces emprunts continus qui atteignaient dans une période normale les sommes qui, naguère, n’avaient été nécessaires que dans les crises exceptionnelles, le danger était cependant manifeste, et les pouvoirs publics étaient amenés à rechercher de toutes parts des intermédiaires pour éviter les appels directs et répétés au crédit. »

Il n’est pas besoin d’insister sur cet aveu loyal pour faire ressortir à quel point il donne raison aux critiques adressées depuis quinze ans à la politique financière du gouvernement. M. Cavaignac, il est vrai, plaide les circonstances atténuantes, comme avait