Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/136

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faits. Mesurant de plus près et plus exactement les périls de la voie dans laquelle gouvernement et chambres s’étaient engagés, il a essayé d’enrayer cette marche vertigineuse vers la banqueroute. La réintégration au budget ordinaire de toutes les dépenses de travaux publics, en supprimant le plus dangereux des budgets extraordinaires, a été un service signalé dont il faut lui reporter l’honneur. Ce louable exemple a entraîné la suppression du budget extraordinaire de la marine, et M. Rouvier lui-même a accompli l’an dernier la suppression du budget extraordinaire de la guerre, dont le chiffre élevé avait paru, aux ministres précédens, un obstacle insurmontable au rétablissement de l’unité budgétaire. Les bons effets de ces mesures n’ont pas tardé à se faire sentir. Pour incorporer les dépenses extraordinaires dans le budget ordinaire sans faire prendre à ce budget des proportions qui auraient alarmé la chambre et qui auraient été un obstacle à l’établissement d’un équilibre même apparent, il a fallu exercer sur les dépenses extraordinaires un salutaire effort de compression. Soumises à un contrôle plus direct et plus rigoureux de la part du ministre des finances et de la législature, ces dépenses ne sont pas remontées jusqu’ici, malgré les réclamations des bureaux, aux chiffres qu’elles avaient atteints grâce au laisser-aller avec lequel se préparaient et se votaient les budgets extraordinaires. Ainsi se sont trouvées justifiées tout à la fois la campagne persévérante poursuivie contre l’existence d’un budget extraordinaire et les critiques formulées contre l’exagération des dépenses. Le budget y a gagné sous le rapport de l’ordre et de l’économie.

M. Rouvier a voulu faire, cette année, un nouveau pas dans la même voie, en faisant rentrer les garanties d’intérêts dans le budget ordinaire. Il n’appliquait, il est vrai, cette mesure qu’aux garanties dues aux compagnies algériennes. Pour ne pas l’étendre à la totalité des garanties, il avait la meilleure des excuses, le manque d’argent ; mais pourquoi donner la préférence aux lignes algériennes ? Le ministre allègue pour raison que les lignes algériennes ne peuvent d’ici longtemps couvrir la totalité de leurs dépenses et renoncer au bénéfice de la garantie, tandis qu’on peut prévoir que les lignes françaises, ou au moins certaines d’entre elles, cesseront dans un avenir prochain d’avoir besoin de l’assistance de l’État et commenceront même à rembourser les avances qu’elles auront reçues. Il semble que l’argumentation du ministre peut être aisément retournée contre lui. Si l’on peut réellement envisager comme prochaine l’extinction des garanties afférentes aux lignes françaises, ce sont ces garanties qu’il faudrait préférablement inscrire au budget ordinaire, où leur disparition, quand elle