Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/154

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Tant que la totalité des dépenses publiques ne sera pas couverte par les recettes régulières et normales du budget, les excédens budgétaires ne seront qu’un mirage, propre à entretenir une dangereuse confiance. Il faut donc que les commissions du budget s’évertuent ou à découvrir de nouvelles sources de revenu ou à opérer de nouvelles économies. Cette dernière tâche leur sera rendue plus facile par la réintégration dans le budget ordinaire de la plupart des dépenses qui en avaient été détachées. Soumises au contrôle plus direct et plus minutieux de la chambre et devenues l’objet de discussions plus approfondies, ces dépenses ont déjà subi une certaine réduction par suite de sacrifices plus ou moins spontanés : il faut veiller à ce que les ministres ne reprennent pas par la voie de crédits supplémentaires les sommes qu’ils ont abandonnées. Espérons que les commissions du budget sauront imposer à l’administration de la guerre des économies plus sérieuses que celle qu’elle réalise dans la fabrication des martinets. Le Bulletin officiel du ministère de la guerre a publié récemment une instruction qui pourrait figurer dans l’Art d’utiliser les restes. L’administration de la guerre a remarqué que les manches des martinets usés étaient encore susceptibles de servir si on les pourvoyait de nouvelles lanières, et qu’elle pourrait utiliser pour cet objet les vieilles lanières des chargeurs à main. Elle a donc rédigé une instruction qui indique la façon de dégraisser les lanières, de les tailler, de les assembler et de les clouer, avec le nombre de pointes à employer au bout du manche et sur le côté. Ces lanières seront cédées par les magasins de l’administration à raison d’un centime l’une. La demande des lanières par les corps, la constatation de leur arrivée et de leur nombre, le remboursement aux magasins, le reçu à délivrer, tout devra avoir lieu suivant les formalités administratives et avec la fourniture des pièces de comptabilité ordinaire. Il serait curieux de savoir si le coût de cette paperasserie administrative ne dépassera pas la valeur des martinets ressuscites. Une autre circulaire de la même administration a prescrit aux corps de troupes de recueillir les pellicules des cafés torréfiés qui leur sont livrées, attendu que ces pellicules sont riches en caféine et contribueraient à donner de l’arôme au café moulu. Accusez donc d’habitude

En 1884, le ministère de la guerre dépensait 589 millions et demi pour entretenir 477,000 hommes ; en 1888, il n’a plus dépensé que 547 millions et demi pour entretenir le même nombre d’hommes : comment expliquer cette différence de 42 millions, à si peu de distance, autrement que par une mauvaise administration ? Le gouvernement avait inscrit le ministère de la guerre dans