Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/236

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simple ou le plus prudent serait peut-être de ne pas trop chercher à le débrouiller de peur de l’embrouiller encore plus, de laisser les affaires européennes s’éclaircir et s’apaiser toutes seules avec l’aide du temps, qui est le grand pacificateur et finit par remettre toute chose à sa place. Malheureusement il y a le goût, l’âpre goût de l’imprévu et des nouvelles, n’en fût-il plus au monde ; il y a toujours les esprits prompts à saisir tout ce qui est prétexte ou occasion de commentaires, de divulgations et d’excitations. Depuis longtemps l’Europe en a été là et ne cesse pas d’en être là ; elle n’a pas une heure pour se reposer et reprendre confiance sous la garantie des déclarations pacifiques des plus grandes puissances apparemment intéressées à savoir ce qui en est. Elle vit au milieu des bruits, des rumeurs et des polémiques qui dénaturent ou exagèrent tout, les intentions comme les faits. Quand il n’y a pas d’événemens sérieux, de ces événemens qui ont par eux-mêmes une signification évidente et décisive, on s’attache aux plus simples incidens pour y découvrir des mystères, pour en faire sortir des éventualités nouvelles et inattendues. Quand l’obscurité a l’air de se dissiper d’un côté, on cherche d’un autre côté ce qui peut réveiller les doutes, remettre le trouble dans les esprits, susciter de nouveaux nuages. De sorte qu’à une situation qui n’a par elle-même assurément rien de facile, on se plaît à ajouter les surexcitations factices, les interprétations de fantaisie, tout ce qui peut raviver le sentiment de l’incertitude universelle des choses. On ne veut pas être rassuré, on tient à ce que l’écheveau reste embrouillé, même lorsque les gouvernemens mettent leurs soins à le débrouiller au moins sur certains points : c’est le mal du jour, le mal des imaginations ajouté au mal réel !

Il n’y a pas si longtemps encore, la Belgique, bien qu’étrangère par sa position, par son rôle international aux grands démêlés de l’Europe, restait un sujet trop fréquent de polémiques irritantes. On ne cessait de mettre en cause la politique, les intentions, la pensée du souverain lui-même. Que de fois a-t-on agité toutes ces questions des traités secrets qui lieraient la Belgique à l’Allemagne, de la destination mystérieuse et menaçante des fortifications de la Meuse ! On a bataillé assez pour que l’opinion obsédée de contradictions ne sût plus à quoi s’en tenir. Le roi Léopold et le cabinet de Bruxelles ont voulu en finir. Récemment, le bourgmestre de Bruxelles, M. Buis, invité à ces fêtes de Marseille, où M. le président du conseil parlait si justement de la paix, M. le bourgmestre Buis a saisi l’occasion de démentir tous ces faits de traités secrets, de mesures d’hostilités contre la nation française, qui effectivement, pour des esprits réfléchis, se seraient peu expliqués. Il n’a point hésité à désavouer ces fables, à témoigner ses sympathies pour la France, et faisant une allusion presque ironique à de prétendues ambitions annexionistes attribuées à la Belgique, il n’a