Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/289

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I

Les manœuvres sont à la guerre ce que le théâtre est à la vie, une image, où, la part de la convention étant fixée à l’avance, tout ce qui s’écarte davantage de la réalité ou de la vraisemblance est une faute. Aux manœuvres, comme au théâtre, vous condensez en un laps de temps très court et sur un terrain très restreint des événemens dont le développement dans la réalité eût été considérable. Mais de même qu’ayant par convention le droit de faire parler les héros de théâtre en vers, vous n’avez point celui de leur faire exprimer des pensées qui ne seraient point celles de la situation, de même en manœuvres, tout en ne chargeant que de poudre les fusils et les canons, les chefs d’armées ont l’obligation de conduire leurs troupes comme si les fusils étaient chargés à balle et les canons à mitraille. Les invraisemblances conventionnelles des manœuvres sont d’ordinaire au nombre de trois : les armes ne sont point chargées, le programme de la campagne est réglé à l’avance dans ses grandes lignes, les centres de distributions sont fixés d’avance. Mais, ces conventions, ou telle autre convention, une fois admises, les manœuvres doivent être l’image même de la guerre, et l’on donnera la palme à ceux des officiers qui, loin de chercher l’occasion d’éblouir le spectateur par des marches forcées ou des mouvemens de parade, se seront astreints, tout au contraire, au