Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/295

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opérations que, par la force même des choses, les avant-postes ne purent se tenir d’engager la fusillade dès la soirée du 6 septembre. Le programme stipulait du reste que l’armée de l’Ouest aurait beau, le lendemain, emporter Lignol et conserver le Bois-Cornet ; qu’elle était condamnée d’avance à se retirer, et qu’elle n’arrêterait sa retraite, — en bon ordre, d’ailleurs selon la formule, — qu’en avant de Vandœuvre. Et ainsi de suite, heure par heure, combat par combat, jusqu’à la bataille de Margerie-Haucourt pour laquelle on avait prévu encore avec infiniment de sagacité que la cavalerie indépendante renseignerait inexactement le général en chef sur la marche de l’ennemi, qui serait supposé devoir arriver par Bar-le-Duc, et qui déboucherait à l’improviste sur la Voise par Châlons-sur-Marne et Vitry-le-François.

Eh bien, la convention d’un pareil programme, ainsi arrêté, scruté, fixé, immuable jusque dans ses moindres détails, ne recule-t-elle pas trop loin toutes les limites de la vraisemblance ? J’entends bien que cette manière de régler les manœuvres des années comme une représentation de théâtre permet aux nouvellistes officieux de déclarer que l’état-major général rédige des plans de campagne qui ne le cèdent pas aux plus beaux de Napoléon ou de Frédéric le Grand. En vérité, un homme de la valeur de M. le général de Miribel, qui est à la fois, de l’aveu de tous, un poète de grande envergure pour la conception stratégique et le plus circonspect des savans pour la préparation des mises en œuvre ; un ministre comme M. de Freycinet, qui sait de longue date discerner les apparences des réalités et à qui le plan des opérations de l’Est a dû évidemment être soumis, ne devraient-ils pas se mettre au-dessus de toute vaine réclame et de toute fausse gloire ? Je n’insinue certes pas qu’il soit donné à tout le monde de pouvoir élaborer un pareil programme, d’arrêter ainsi un vaste plan dont les grandes lignes sont tout ensemble majestueuses et simples, et qui se tient à peu près dans ses parties essentielles. Un tel programme cependant rentre-t-il dans ce programme plus général qui veut que les manœuvres soient, je ne dirai pas l’image de la guerre, mais l’école des généraux ? Sans doute, ce serait trop dire que de prétendre qu’il ne laisse absolument rien à l’initiative des chefs d’armée, de corps ou d’unités constituées. Il leur laisse, entre autres, l’énorme besogne d’assurer l’arrivée, à l’heure dite, des différentes troupes sur les différens emplacemens, et il suffît d’avoir travaillé pendant quelques heures avec un état-major ou, seulement de l’avoir vu travailler, pour se rendre compte de la complexité et des mille difficultés de cette opération. Mais enfin, si les ordres particuliers s’étaient abstenus de décider impérativement à l’avance