Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/298

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intellectuelle a traversé cette fin de siècle et l’armée nationale en a frémi. Le désir, la volonté d’initiative existe donc, et non-seulement chez les grands chefs, surtout chez les meilleurs parmi eux, mais encore à tous les échelons de l’armée, — car il n’est pas un grade, un seul, qui ne comporte, dans une certaine mesure, pour l’officier qui en est investira pratique de l’initiative individuelle ; — cette volonté existe surtout chez les jeunes, ceux qui ont fait la guerre dans les bas grades ou qui ne sont entrés au service qu’après la guerre, qui ont travaillé, étudié, médité, qui sont l’élite. Seulement, la vieille école n’a point encore disparu ; toute décimée qu’elle soit, elle tient encore les principales avenues du haut commandement ; il y a, sans doute, d’heureuses exceptions et qui, de jour en jour, deviennent plus nombreuses ; mais ce ne sont encore que des exceptions et, par conséquent, le vieil étau de fer n’est pas encore brisé. L’esprit d’initiative est là, bien réveillé, ne demandant qu’à agir ; on ne lui en fournit pas l’occasion ; on le contient, le refoule, le réprime. S’il est au monde une discipline inflexible et redoutable, c’est bien celle de l’armée prussienne ; voici pourtant ce que proclament ses règlemens en termes formels : « Tout officier qui ne sait pas agir avec initiative est indigne de son grade. » Quand en arriverons-nous là, à cette conception forte et la seule vraie du rôle de l’officier à tous les grades ? L’intelligence, évidemment, n’est pas un monopole de notre race ; elle est cependant un de ses dons spéciaux. Pourquoi ne pas lui permettre d’agir dans les choses de l’armée ? Pourquoi la comprime-t-on, lui refuse-t-on systématiquement les occasions de se révéler, de s’exercer ? Il va de soi que l’initiative n’exclut pas la discipline, l’obéissance aux ordres quels qu’ils soient ; personne n’a jamais avancé pareille sottise, personne n’imagine que les instructions supérieures, bonnes ou mauvaises, puissent être discutées par ceux qui ont mission de les exécuter, et il est clair que tout le débat porte sur une question de mesure. Ce n’est donc pas l’indépendance, la bride sur le cou que l’on réclame pour qui que ce soit ; mais pour tous, depuis le sous-lieutenant qui est chargé d’une reconnaissance d’avant-garde, jusqu’au chef de corps ou d’armée qui est chargé d’occuper ou d’emporter telle position, le droit, — sous sa responsabilité, — d’agir selon les circonstances pour atteindre au but marqué. Des hommes, des officiers ne sont pas les rouages aveugles d’une mécanique ; pourquoi les traiter comme tels ? Il est très certain que le rôle de l’initiative va croissant avec l’importance des commandemens exercés et que, nécessairement médiocre dans les grades inférieurs, il ne devient considérable que dans les grades les plus élevés. Mais les