Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/307

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aisance son admirable troupe sans perdre cependant, ne fût-ce qu’une heure, le contact du 5e corps qui opérait avec lui. Au contraire, dans la bataille de Colombey-les-deux-Églises, le 7e corps a dessiné sur l’aile droite de l’armée de l’Est un mouvement d’une courbe tellement excentrique qu’aucun lien ne le rattachait plus au 8e corps ; si le combat n’avait pas été interrompu par une sonnerie qui paraît avoir été mal interprétée, il se serait trouvé pris entre les feux croisés du 6e corps, qui tenait le Bois-Cornet, et du 5e qui venait d’enlever Lignol, et de repousser le 8e vers Colombey. Assurément, ce jour-là, le vaste mouvement tournant du général de Négrier ne manquait ni d’impétuosité ni de hardiesse, et le 7e corps, que son chef tient merveilleusement dans la main, a déployé dans ces marches forcées une vigueur et un entrain remarquables. Mais ce mouvement, qui détachait complètement le 7e corps du 8e, ne pouvait avoir d’autres résultats pratiques que de donner au général commandant l’armée de l’Ouest le temps d’écraser le 8e corps avec le 5e et ses réserves, et de se rabattre ensuite sur le flanc du 7e, qui arrivait en ligne beaucoup trop tard et au moment même où toute l’artillerie réunie du général Jamont tonnait sur lui.

La valeur impulsive du commandement doit pouvoir être jugée aussi bien dans les marches stratégiques qu’au moment où le contact immédiat de l’ennemi oblige les armées au déploiement. Pendant toute la durée des manœuvres de l’Est, la valeur du commandement a pu être appréciée presque également dans l’une et l’autre action. Je dirai même que l’intérêt véritable des manœuvres, j’entends l’intérêt technique, cesse au moment même où les troupes ont pris leurs formations préparatoires de combat, où l’attaque se dessine, où les troupes vont s’aborder ; par conséquent, c’est avant la bataille proprement dite qu’il faut juger de la valeur réelle du commandement. Je sais bien que le public, la plupart des reporters, et les photographes trouvent que la journée commence à ce moment-là. En vérité, c’est à cet instant même qu’elle finit, et il n’est bon de la continuer que pour donner aux troupes la récompense de tirer des fusillades et de jouer à la bataille. Ce divertissement, pittoresque et parfois grandiose, offre d’autre part des inconvéniens sur lesquels la lumière paraît s’être faite. D’abord la mauvaise habitude de conduire les troupes à l’assaut de positions dont elles n’auraient même pas songé à approcher si les canons qui les garnissent étaient chargés à obus. Ensuite l’intervention parfaitement fantaisiste d’arbitres qui, pour maintenir l’équilibre d’amour-propre entre les différentes armées, semblent s’appliquer exclusivement à annuler