Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/308

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de part et d’autre les résultats les plus certains des préparations tactiques en faveur des résultats tout à fait problématiques des assauts audacieux. C’est ainsi qu’à la bataille du 9, un arbitre a déclaré que « les ouvrages de Nuisement devaient être considérés comme n’ayant plus aucune valeur devant les attaques répétées de l’ennemi et que, sa résistance devant être épuisée, » le 6e corps devait évacuer ses positions ; déclaration, d’ailleurs, que la critique du généralissime, s’il faut en croire des informations autorisées, infirmait le surlendemain. Combien plus instructives que ces combats de théâtre les marches mêmes des armées, soit sur le champ de bataille, soit sur les routes qui y conduisent ! C’est là, en effet, et là seulement qu’apparaissent avec les qualités de résistance et d’entrain des troupes les qualités supérieures des chefs. La bataille de Margerie-Haucourt, par exemple, que le général Saussier dirigeait en personne, n’a été que l’esquisse d’une bataille, ou plus exactement encore « d’un vaste déploiement en vue d’une action générale et d’une marche sur les positions de l’ennemi. » Mais quel déploiement superbe ! quelle cohésion dans la marche en avant ! quelle simultanéité parfaite des efforts qui donnèrent tous leur rendement dynamique maximum ! Et le matin, pour arriver au champ de bataille, quelle belle régularité dans les mouvemens des colonnes : à peine quelques allongemens anormaux et, du reste, à peu près inévitables. Dans ces vastes plaines de Champagne qui semblent avoir été créées pour servir de champ de bataille, les têtes de colonnes débouchaient et se disposaient en avant dans un ordre irréprochable, leurs réserves massées à l’abri des reliefs du terrain ; les formations préparatoires du combat se prenaient avec une méthode presque parfaite ; avec quelle rapidité vertigineuse l’artillerie se mettait en batterie sur des positions choisies avec un coup d’œil assuré ! Au premier signal de la mise en avant, les lourdes masses s’ébranlent et s’élancent dans un bruit sonnant de fer et de cuivre ; la flèche, lancée d’une main sûre, ne vole pas plus droit au but marqué ; routes, plis de terrains, monticules, fossés, les maigres et robustes chevaux franchissent tous les obstacles d’un seul temps de galop ; — mille mètres en cinq minutes en avant de Margerie ; — les canonniers étaient, — il n’y a qu’un instant, — au fond de la plaine ; les voilà sur la crête, en ordre de combat, tous à leurs postes et crachant déjà le feu sur la position ennemie. C’est dans ces mouvemens et non ailleurs, on ne le répétera jamais assez, qu’apparaît la valeur du commandement. C’est là, quitte à trouver d’autres compensations pour le soldat, qu’il faudrait arrêter la bataille.

Que ces deux redoutables facteurs, l’épreuve morale et l’anxiété