Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/322

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


enseignemens des manœuvres de l’Est, enseignemens doublement précieux par la constatation des progrès réalisés et surtout par l’indication claire et précise de ceux qui restent à opérer. Le haut commandement s’est à juste titre félicité et montré fier des premiers : qui voudrait douter qu’il ne sache pas tirer partie des seconds ? Nous avons à la tête de l’armée un ministre de la guerre qui applique à l’administration de son département les ressources de la plus souple et de la plus ingénieuse intelligence, qui a trouvé dans le retour aux fonctions qu’il occupa, une première fois, pendant la défense nationale, aux côtés de Gambetta, l’emploi définitif des facultés puissantes d’organisation qu’il a reçues de la nature, que l’armée a adopté, qui départage, au nom de la suprématie du pouvoir civil, les ambitions rivales et qui a pu demander aux chambres, avec plus d’autorité et de puissance de persuasion que tout autre, les sacrifices nécessaires à la sécurité du pays. A côté de lui, généralissime désigné pour la guerre, le général Saussier est, dans toute la force des termes, selon une heureuse formule, « le chef respecté, admiré et vénéré de toute l’armée, » respecté pour son caractère, le plus droit et le plus simple, admiré pour la solidité d’une intelligence toujours en éveil, claire et nette, inaccessible aux émotions passagères, réfléchie et forte. Que dire qui n’ait été déjà dit de chefs d’armée qui s’appellent Galliffet et Davout, Billot, Berge et Thomassin, et dont les qualités, assurément inégales et diverses, constituent entre les mains du généralissime une force incomparable ? Que dire encore du chef de l’état-major général, de ce général de Miribel dont la nomination valut à Gambetta tant d’odieuses et imbéciles accusations et à qui, pour rester digne des fonctions redoutables où il a été trop tardivement rappelé, je ne souhaiterais, à lui qui a été tant de fois et si indignement outragé, que de se méfier de réclames intéressées qui ne font illusion à personne et qui ne pourraient, depuis certaine expérience, que créer à nouveau contre lui un préjugé défavorable ? Ce que nous avons seulement aperçu et que nous avons essayé de résumer dans ces quelques pages, ces patriotes et ces soldats l’ont vu en toute lumière, alors même, — alors surtout, — que leur œuvre propre était en cause ; qui les connaît ne supposera pas un instant qu’ils soient hommes à s’endormir sur les lauriers de la revue de Vitry.

La reconstitution de nos forces militaires restera, devant l’histoire, le grand titre d’honneur de ces vingt dernières années : aucun sacrifice n’a coûté au pays : il les a tous consentis sans murmure ; aucune dépense n’a arrêté les chambres : les partis politiques, dès que la défense nationale a paru en cause, ont tous, sans exception, — et pas un républicain ne contestera cet hommage