Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/352

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Que j’y puise l’amour et le goût des supplices. Ah ! que cette amertume est douce à savourer ! Vase que je saisis avec tant de délices, Je ne te rendrai pas, car je veux m’enivrer.

Et le ciel s’ouvre alors et l’extase commence. Du pied de la croix même il sort un fleuve immense, Où ceux qui sont tombés n’ont jamais surnagé ; Dans ce torrent de grâce et de miséricorde, En délire et d’un bond le chrétien s’est plongé. Sur son cœur éperdu le flot monte et déborde. Amour, amour partout ! il reste submergé. </poem>

28 mai 1871.

Tous les vers de cette pièce ne sont pas d’une égale beauté, mais il faut tenir compte que c’est un premier jet, et qu’elle n’a pas été travaillée comme celles qui sont imprimées. En revanche, il y en a d’admirables, et leur publication, en montrant la souplesse du talent de Mme Ackermann, ne fera pas tort à sa renommée.

Le troisième chant, pourrait-on dire, du poème, qui est intitulé l’Inconnue , est bien supérieur au précédent. L’auteur a su tirer un parti merveilleux de cette mystérieuse histoire (légende ou réalité), d’après laquelle le cœur de Pascal aurait été un instant touché et attendri. Je ne voudrais pas multiplier les citations, mais je ne saurais cependant résister au plaisir de montrer comment Mme Ackermann a su plier son vers, parfois un peu dur, à la traduction des sentimens les plus poétiques et les plus fins :

Quelle était cette femme, assez noble, assez belle,
Pour soumettre à son joug ce cœur fier et rebelle !
Les hommes, ici-bas, jamais ne le sauront.
L’image fugitive à peine se dessine,
C’est un fantôme, une ombre, et la forme divine,
En passant devant nous, garde son voile au front.
Autour d’elle ce n’est que silence et mystère ;
Son amant le premier se résigne à se taire,
Et peut-être fut-elle aimée à son insu.
Quoi séduire un Pascal et n’en avoir rien su !
Si, si, tu le savais. L’amour a son langage.
Oh ! comme on l’entend vite et sans l’avoir appris !
Tout parle, le regard, les teintes du visage.
Hélas ! n’aurais-tu pas plutôt trop bien compris ?
Si, par un soir d’été, la phalène imprudente
Voit dans l’obscurité luire une lampe ardente,