Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/351

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JÉSUS.

Mon fils, quand on me cherche, on m’a déjà trouvé. Ma tendresse à son tour t’attend et te réclame, De toute éternité j’ai convoité ton âme ; Tu n’étais pas encor que je t’avais sauvé. Combien tu m’occupas pendant mon agonie ! Cette goutte de sang, je la versai pour toi.

PASCAL.

O divine Bonté ! Prescience infinie ! J’ai sans peine, Seigneur, reconnu votre main. Vous la vouliez pour vous, cette pauvre insensée, Qui, sur de vils objets égarant sa pensée, De honte et de douleur serait morte en chemin. Pour la mieux retenir, vous avez autour d’elle Serré les durs liens de cette chair mortelle, Vous les avez tordus en des nœuds douloureux. La Matière et l’Esprit dans une créature N’avaient jamais souffert de tourmens plus affreux. Vous m’avez réservé cette double torture, Deux assauts à la fois sans trêve ni merci. Ah ! qu’il fallait m’aimer pour me frapper ainsi !

JÉSUS.

Je n’aime qu’ardemment et veux qu’on me ressemble, Mettons donc nos tourmens, nos angoisses ensemble. Je t’ai donné mon sang, accorde-moi tes pleurs. Partout où m’a blessé l’aiguillon des douleurs, Qu’un stigmate éternel sur ton âme s’imprime. Par les mêmes bourreaux, oui, laissons-nous meurtrir ; Ne formons à nous deux qu’une seule victime : C’est en toi que je veux achever de souffrir !

PASCAL.

Pour prendre de plus près ma part de ce martyre, Sur votre sein divin laissez-moi me pencher. La plus saignante plaie est celle qui m’attire ; C’est par elle, Seigneur, que je veux vous toucher. Mon sauveur est à moi, plutôt il me possède ; De son sang précieux que je sois arrosé Et que j’étanche enfin cette soif qui m’obsède ; Dans le même calice où sa lèvre a posé,