Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/369

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Cette double démarche ne fit pas fléchir l’obstination de la Porte ; elle persista dans sa résolution de repousser la conférence, prétendant que la tranquillité était rétablie en Egypte, et que son envoyé se trouvait en position, sans autre effort diplomatique ou militaire, de reconstituer, avec l’ordre, l’autorité du vice-roi. L’événement ne devait pas tarder à donner à cette confiance le plus douloureux démenti. Mieux renseignées et plus clairvoyantes, les puissances ne décidèrent pas moins de convoquer leurs plénipotentiaires, même en l’absence de celui du sultan ; leur première réunion eut lieu à Constantinople, le 23 juin, sous la présidence de leur doyen, le comte Corti, ambassadeur d’Italie. La tâche de ces diplomates était hérissée de difficultés : elle avait pour objet de rechercher le moyen le plus propre à faire cesser la perturbation qui mettait tout en péril en Egypte, à la condition de conserver, au pays et à la descendance de Méhémet-Ali, les privilèges qui leur étaient garantis par les firmans. Il existait un moyen bien simple, qui eût été d’une efficacité instantanée et aurait assuré ce double résultat ; c’était une démonstration collective de toutes les puissances, avec engagement de recourir, au besoin, à l’emploi de la force. Afin de ne pas subir un isolement humiliant pour sa dignité, la Turquie s’y serait ralliée, et, au premier avis d’une semblable entente, Arabi-Pacha et ses colonels se seraient hâtés de se dérober, de disparaître, si on l’avait exigé. Cette solution que tout semblait recommander, nul n’en prit l’initiative ; l’action collective répugnait également à tous les cabinets pour des raisons diverses, et les plénipotentiaires s’assemblèrent à Constantinople, pour délibérer longuement, sans le concours et sous la tolérance bénévole, mais non spontanée assurément, de la puissance territoriale, spectacle curieux, qui n’avait aucun précédent dans l’histoire de la diplomatie, et que, seule, la Turquie pouvait offrir à l’Europe étonnée.

Les représentans des puissances, ainsi réunis, se mirent à l’œuvre. Ils notifièrent à la Porte l’ouverture de la conférence par un mémorandum exprimant le vœu de voir le gouvernement du sultan participer à ses travaux ; ils signèrent un protocole de désintéressement par lequel les parties intervenantes s’obligeaient à ne rechercher, dans cette affaire, aucun avantage particulier ; sur la proposition de l’ambassadeur d’Italie, on stipula que les puissances s’abstiendraient, pendant la durée de la conférence, de toute entreprise isolée en Egypte, — sauf le cas de force majeure, fit ajouter l’ambassadeur d’Angleterre. — Ces précautions, qui dissimulaient mal les défiances et les convoitises, étant adoptées, on procéda à un échange de vues générales sur l’état des choses en Egypte et sur les moyens d’y porter remède, mais sans arriver à aucune entente. Dans leur septième séance, le 7 juin,