Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/370

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les plénipotentiaires se mirent enfin d’accord sur les termes d’une communication, par laquelle les puissances invitaient le gouvernement ottoman à intervenir en Egypte sous des conditions clairement déterminées.

Pendant qu’on délibérait paisiblement à Constantinople, on se menaçait à Alexandrie, préludant à des hostilités imminentes. L’amiral Seymour, commandant la flotte anglaise, crut constater qu’on mettait les forts en état de défense et qu’on élevait de nouvelles batteries en vue de ses navires ; il fut aussitôt autorisé à exiger la suspension de ces travaux, et au besoin à les détruire par le feu de ses canons. Quelle était l’importance de ces ouvrages et pouvaient-ils constituer un danger pour les vaisseaux anglais ? Les agens de l’Angleterre l’ont toujours affirmé pendant que les Égyptiens ont obstinément contesté l’exactitude de leurs allégations. Ce point de fait n’a jamais été clairement élucidé. Une dépêche de M. de Freycinet, du 10 juillet, veille du bombardement, dira mieux que nous ne pouvons le faire, ce qu’il faut penser à cet égard : « Lord Lyons, écrivait-il à M. Tissot, m’a annoncé que ce matin l’amiral Seymour avait envoyé un ultimatum aux Égyptiens pour déclarer l’ouverture des hostilités demain. Cet ultimatum, a ajouté l’ambassadeur, a été motivé par les travaux de défense. J’ai remercié lord Lyons de sa communication, me bornant à dire qu’un télégramme de l’amiral Conrad et un télégramme de M. de Vorges [1] m’avaient apporté la même information, sans mentionner d’ailleurs la reprise des travaux. » Quelle que fût la vérité à ce sujet, l’amiral Seymour avait, en effet, dans la matinée de ce même jour, notifié au commandant militaire d’Alexandrie « que, si les torts ne lui étaient pas livrés temporairement afin d’en effectuer le désarmement, il ouvrirait le feu dans les vingt-quatre heures. » Ce fut le ministre des affaires étrangères du khédive qui répondit à cette sommation ; il déclara inacceptable la proposition de l’amiral Seymour, « le gouvernement de son altesse ne pouvant reconnaître, disait-il, avoir pris aucune mesure qui puisse être considérée comme une menace contre la flotte anglaise, soit par des travaux, soit par la mise en place de nouvelles pièces de canon. Toutefois, comme preuve de notre désir de donner satisfaction dans une certaine mesure à. votre demande, nous serions disposés à faire démonter trois canons sur les batteries que vous avez indiquées, soit isolément, soit ensemble. » Le commandant des forces britanniques accusa réception de cette note, se bornant à déclarer

  1. M. de Vorges venait de remplacer M. Sienkiewicz ; le moment était bien mal choisi, ce nous semble, pour opérer une mutation dans notre représentation en Egypte.