Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/398

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la commission de la dette et le contrôle. La commission, chargée de surveiller la perception des ressources affectées à sa caisse et d’en effectuer l’emploi, était composée de fonctionnaires de nationalités diverses, et la plupart des puissances s’y trouvaient représentées ; ses attributions avaient été clairement délimitées ; elles étaient circonscrites au mandat qui lui avait été confié. Il en était autrement du contrôle, le nom même dit quelle était sa mission : il avait été établi, en effet, pour exercer une constante surveillance sur tous les actes du gouvernement pouvant affecter, à un degré quelconque, la bonne gestion des finances. Il se composait uniquement, avons-nous dit, de deux délégués : l’un anglais, l’autre français, l’un et l’autre désignés par leurs gouvernemens respectifs ; et, pour les mettre à même de s’acquitter de leurs devoirs, ils avaient été admis à siéger au conseil des ministres. Ils n’avaient que voix consultative, mais ils ne prenaient pas moins une part effective à toutes les résolutions du cabinet égyptien. On voit que, si l’Angleterre n’avait aucune raison de se préoccuper de la commission de la dette, qui eût été, au besoin, défendue par toutes les puissances, elle devait nécessairement s’en prendre au contrôle et en poursuivre la suppression pour se soustraire aux investigations et à la censure du délégué français, du moment qu’elle entendait s’emparer de l’administration de l’Egypte ou l’inspirer avec une entière indépendance. Comment procéda-t-on ? On usa d’un stratagème bien simple et dont le succès était certain.

Le contrôle, librement institué, en 1876, par l’initiative du vice-roi, avait été renouvelé, en 1879, par un accord intervenu entre la France et l’Angleterre, d’une part, et le gouvernement égyptien, de l’autre. Il était donc une œuvre conventionnelle, qui ne pouvait être abolie que du consentement des trois parties contractantes. N’osant y convier ouvertement la France, on prit, pour arriver à ce résultat, un chemin de traverse. Comme tous les Européens au service du gouvernement égyptien, les deux contrôleurs avaient quitté Le Caire après l’émeute d’Alexandrie. Ils y revinrent dès que le pouvoir du khédive fut restauré ; mais le contrôleur anglais y reparut avec des instructions nouvelles qui lui interdisaient d’assister au conseil des ministres. Son abstention suspendait le contrôle. Instruit de cet incident, M. Duclerc, le successeur de M. de Freycinet, interpella, le 12 octobre, M. Plumkett, chargé intérimairement de l’ambassade anglaise, et ne lui cacha pas qu’il ne saurait admettre « que l’Angleterre supprime ainsi, par voie détournée, et sans notre avis, une institution qui fonctionne régulièrement par suite d’accords intervenus entre les deux pays. »

Devant ce langage on jugea convenable, à Londres, de s’expliquer, et lord Granville, dans une dépêche du 23 octobre, qui fut