Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/417

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devant tout, Saniuentes ne pouvait lui enlever le mérite de ses hautes conceptions.

Mais ce choix n’était pas pour donner satisfaction au parti libéral. Ce parti comptait dans ses rangs des hommes plus en vue et dont l’intervention présidentielle contrariait les visées. Dans le cabinet même, Enrique Sanfuentes n’était pas populaire. Ses collègues voyaient avec défaveur ses allures omnipotentes, ses prétentions au premier rang, l’indépendance qu’il affectait et la secrète complaisance avec laquelle le président le mettait en avant. En présence de leurs remontrances appuyées par celles des membres influens du parti libéral dans le congrès, Balmaceda recula ; Sanfuentes fut écarté des affaires, et des modifications ministérielles aboutirent à la constitution d’un cabinet qui pouvait compter sur l’appui du congrès.

Balmaceda ajournait ses projets, mais n’y renonçait pas. Plus il s’engageait dans la voie périlleuse qui devait aboutir à un inextricable conflit entre le congrès et lui, plus il s’irritait des anomalies de la constitution de 1833, plus il estimait le moment venu de briser le cercle étroit dans lequel cette constitution, à la fois monarchique et républicaine, l’enserrait. Elle le mettait au-dessus des lois, ne permettant pas qu’en aucun cas un président en fonctions pût être jugé, mais elle lui refusait, en cas de conflit avec le congrès, le droit d’en appeler au pays par la dissolution et de nouvelles élections. Comme président, il était impeccable, mais ses ministres étaient responsables et dépendaient des chambres : s’il se refusait à les changer, le conflit était sans issue, ou aboutissait à une révolution.

Tout bien pesé, il se crut de force à jouer cette redoutable partie, mais il n’arriva que lentement à l’idée qu’il lui faudrait recourir à la force. Autant qu’on en peut juger par les évolutions de sa politique, il crut tout d’abord que sa popularité aurait raison des résistances du congrès, qui, satisfait de ses premières concessions, avait voté la loi des finances. Écartant le ministère auquel il la devait, il en constitua un autre composé de ses amis personnels et dont le premier acte fut la déclaration de clôture de la session extraordinaire. Mais, le congrès dissous, Balmaceda se trouvait en présence d’un autre rouage constitutionnel : la commission des chambres, qui, de droit, succède au congrès, et dont la mission consiste à surveiller les agissemens du pouvoir exécutif, à en délibérer et à demander au président, si elle l’estime nécessaire, la convocation du congrès. Cette commission, composée de sept membres de chaque chambre, se dressa devant Balmaceda comme un insurmontable obstacle. C’est elle qui donna le signal de la résistance, qui souleva