Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/419

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le centre commercial, étaient trop distantes en tant que foyers d’insurrection. Leur occupation pouvait priver Balmaceda de ressources importantes, mais non le paralyser. Il avait l’armée et le trésor : 30,000 hommes de bonnes troupes et 150 millions en numéraire ; il tenait les grandes villes et aussi une partie de la flotte que devaient bientôt renforcer les navires de guerre construits en Europe et prochainement attendus. Il importait donc à la junte congressiste d’agir sans retard, de lever et d’équiper ses adhérens, et de profiter de la supériorité temporaire de ses forces navales pour porter la lutte au cœur même du pays et offrir aux mécontens un point d’appui et de ralliement.

La junte disposait, en effet, de 22 navires, tant de guerre que transports, parmi lesquels figuraient deux cuirassés : le Blanco Encalada et l’Almirante Cochrane, deux corvettes : le O’Higgins et l’Abtao, le croiseur Esmeralda, le monitor Huascar et la canonnière Magallanes, auxquels Balmaceda n’avait guère à opposer que le cuirassé Almirante Lynch et les torpilleurs le Condell et le Pilcomayo. Le capitaine Montt commandait les forces navales de la junte ; il décida de frapper le premier coup à Coquimbo, port de mer important, situé à 390 kilomètres au nord de Santiago. Le 17 janvier, la flotte ouvrait le feu sur la ville défendue par un détachement des troupes de Balmaceda ; après avoir réduit les batteries au silence, les compagnies de débarquement pénétraient de vive force dans Coquimbo dont elles restaient maîtresses après une courte lutte de deux heures. L’occupation, même temporaire, de Coquimbo était une menace pour Santiago. Balmaceda détacha de la capitale 3,000 hommes ; ils devaient effectuer leur jonction, sous les murs de Coquimbo, avec des renforts appelés d’Iquique, et reprendre possession de la ville.

Mal combinée, cette opération échoua ; le mécontentement gagnait l’armée, surtout celle du nord, travaillée par les partisans du congrès, tenue loin de la capitale et à l’écart des faveurs officielles et de l’influence personnelle du président. Dans le combat livré près de Coquimbo, trois régimens firent défection et se rangèrent du côté des congressistes. Ce double échec essuyé par Balmaceda était, il est vrai, compensé par l’insuccès de l’attaque tentée par une partie de la flotte de la junte sur Valparaiso. Cette attaque était prématurée et le port à l’abri d’un coup de main par mer. Le débarquement des congressistes fut aisément repoussé.

Dans le nord, les opérations, activement menées par la junte, révélaient un état de choses inquiétant pour Balmaceda. Maîtresse de la mer, la flotte bloquait les ports d’Iquique et de Pisagua, paralysant, avec l’exportation du nitrate et des minerais, la perception