Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/453

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Article 1er. — Dans la paix comme dans la guerre, partisans et habitans s’appliqueront à vivre en bonne intelligence, sans faire du tapage, sans se quereller, sans se susciter des difficultés, sans même tenir des propos qui puissent apporter le trouble dans leurs bonnes relations réciproques. Un châtiment sévère sera infligé à celui qui contreviendra aux prescriptions du présent article.

Art. 2. — Il est formellement défendu aux partisans de se rendre dans les villages pour y commettre des vols ou toute autre déprédation. Un châtiment sévère, etc.

Art. 3. — Il est défendu à toute sentinelle de quitter son poste de jour ou de nuit, de faire feu sans en avoir reçu l’ordre. Un châtiment sévère, etc.

Art. 4. — Il est défendu d’une manière formelle à tout marchand de pénétrer dans le poste avancé ; le chef de ce poste y veillera. Un châtiment sévère, etc.

Art. 5. — Ce même chef, qui est un homme juste et bienveillant, fixera d’une manière équitable le prix des diverses marchandises ; il devra s’assurer que les denrées sont de bonne qualité. Un châtiment sévère, etc.

Art. 6. — Toutes les personnes, Annamites ou Chinois, résidant dans le pays, qui se présenteront au poste avancé devront être l’objet d’un interrogatoire et d’un examen très sérieux. Un châtiment sévère, etc.

Art. 7. — Les partisans qui désireront vendre les personnes ou objets constituant leur part de butin devront, au préalable, obtenir notre autorisation. Un châtiment sévère, etc.

Art. 8. — Toutes les prescriptions qui précèdent devront être scrupuleusement observées par tous. Un châtiment sévère, etc.

Le 7 du septième mois de la 5e année du roi de Ham-Nghi.

Le « châtiment sévère » dont on menace le délinquant à la suite de chaque article, ce qui donne à ce règlement quelque ressemblance avec notre code militaire en temps de guerre, est le plus souvent la peine de mort : les chefs pirates, dont le pouvoir est sans limite sur les populations comme sur leurs partisans, ayant fréquemment recours à des exécutions capitales, autant pour terroriser les premières que pour faire acte d’autorité et maintenir une discipline rigoureuse dans leurs bandes.

Au reste, c’est sur ce régime de terreur qu’est établi le principal élément de puissance et de prestige de ces chefs. Certains d’entre eux y ont acquis une telle réputation de cruauté que leur nom seul, prononcé dans un village, suffit pour y jeter l’épouvante. Dans les longues veillées annamites, lorsque, à l’abri des portes bien closes, la famille assemblée peut deviser en sécurité, sans