Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/467

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protectorat sur ce vaste pays. Deux années de séjour, pendant lesquelles il nous a été donné de commander successivement les brigades de Sontay et de Bac-Ninh et de diriger plusieurs opérations importantes, nous donnent peut-être quelque droit de formuler ici notre opinion raisonnée.

Le Tonkin est une école incomparable d’instruction et de discipline pour notre armée ; toutes les qualités qui font le chef comme le soldat y trouvent de nombreuses occasions de se développer, de s’affirmer : initiative, sang-froid, coup d’œil, valeur, audace, dévoûment, etc.

Si l’on parcourt ses annales militaires, l’on est étrangement surpris de constater la somme de capacité, d’activité, de travail, en un mot d’efforts intellectuels et physiques, que nos troupes doivent déployer pour faire face aux obligations multiples, pénibles et sans cesse renaissantes, qui sont le lot de la rude vie de campagne à laquelle elles sont soumises.

Si l’ennemi contre lequel elles luttent n’a pas le fanatisme, la bravoure, la furie du Kabyle ou des guerriers du Soudan, il a une intelligence plus vive, un esprit remarquable d’assimilation dans l’emploi de nos moyens d’action, de nos procédés tactiques ; il fait preuve d’un art supérieur dans le choix de ses positions, dans la manière de les fortifier, et de la même indifférence, de la même impassibilité que les premiers devant la mort.

S’il n’a pas leurs déserts brûlans et sans eau, susceptibles d’arrêter la marche des colonnes, il dispose de forêts vierges immenses, impénétrables, pour y établir des repaires ; de cirques montagneux, d’infranchissables défilés ; d’un nombre infini de villages fortifiés devant chacun desquels une troupe peut trouver son tombeau ; il possède un armement à tir rapide aussi perfectionné et aussi bien entretenu que celui de nos soldats, et enfin il peut prélever, sans compter, pour réparer ses pertes, autant d’hommes qu’il lui en faut, dans cette réserve inépuisable que forment les populations du Tonkin et de la Chine méridionale. Cette situation mérite que la nation donne à ceux qui sont aux prises avec de si grandes difficultés tout ce qui est nécessaire pour assurer à leurs armes le succès en toute circonstance.

Personnel. — Dans cet ordre d’idées, il nous paraît indispensable, en premier lieu, d’organiser la constitution, sur des bases rationnelles, du commandement militaire : commandement en chef, commandement des brigades, commandement des subdivisions régionales ; l’effectif des troupes, l’importance des décisions à prendre, la responsabilité qui en découle, exigent que les chefs placés à la tête de ces commandemens aient l’expérience, la maturité de jugement, le prestige nécessaire pour les exercer avec fruit ; trois