Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/476

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dait surtout probablement à M. Gladstone, à M. John Morley, et dans tous les cas, cette question d’Égypte, sans cesser d’être sérieuse, n’est pas pour le moment de celles qui passionnent ou troublent l’Europe. Elle reste réservée à la diplomatie.

Que dit de son côté M. di Rudini dans ce discours qu’il vient de prononcer au théâtre de Milan, le même jour où lord Salisbury parlait à Guildhall ? Il n’est pas moins pacifique ; il met certes la meilleure volonté à calmer les esprits, à décourager les agitateurs et les promoteurs de conflits, à dissiper les nuages qu’ont pu laisser de récens et malheureux incidens. M. di Rudini a parlé en chef de ministère qui prépare sa session, qui se sent menacé par des adversaires acharnés et qui d’avance fait front par un manifeste de gouvernement où il touche à la fois aux finances, au point le plus vif de la politique intérieure comme aux points les plus délicats de la politique extérieure. Assurément, ce discours de Milan ne manque ni de finesse, ni de modération, ni même de courage. À part le plan financier que M. Luzzatti se charge de réaliser, le premier ministre du roi Humbert a pris position dans les affaires intérieures par la netteté de ses déclarations sur l’inviolabilité statutaire de la loi des garanties, sur le caractère de « souverain » reconnu et assuré au saint-père. Il est même allé un peu loin en faisant une sorte d’appel à de nouveaux « pèlerinages » comme pour mieux attester la liberté du pape ; il s’est peut-être un peu hasardé, — avec le secret espoir de n’être pas pris au mot. Ses déclarations ne restent pas moins comme l’expression d’un regret des derniers incidens de Rome et comme une réponse à l’agitation qui a commencé à s’organiser contre la loi des garanties. — M. di Rudini a pris aussi position dans la politique extérieure ; il s’est tiré d’affaire avec dextérité. Évidemment, il s’est plus que jamais rattaché à la triple alliance, — mais en s’étudiant à accentuer le caractère défensif et pacifique de l’alliance. Il a eu des paroles de reconnaissance pour le peuple anglais et la reine Victoria, à propos de l’accueil gracieux fait récemment au prince royal d’Italie à Londres, — mais sans insister sur les engagemens de l’Angleterre. Il a parlé de la France avec le désir de voir les défiances, les ombrages cesser et la cordialité renaître entre les deux pays. Il a parlé discrètement de la Russie et de la visite de M. de Giers à Monza, qu’il a représentée comme un gage de sécurité. Bref, tout est pacifique dans ce discours de Milan. Voilà donc deux premiers ministres de deux grands pays qui le même jour offrent à l’Europe leurs pronostics et leurs vœux pour la paix, — sans compter le congrès international, qui vient de tenir ses assises à Rome, et qui s’est séparé comme il s’était réuni, après bien des paroles inutiles.

Une chose curieuse, c’est qu’on n’a jamais parlé avec plus d’insistance, avec plus de confiance apparente de la paix et de ses garanties que depuis quelque temps. Jamais on n’a paru plus empressé à mé-