Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/558

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cosaques du Dnieper et du Don. Cet état, le Transvaal, ainsi qualifié vu sa situation au nord du Vaal, s’appelait autrefois « république hollandaise africaine. » Il prit en 1853 le nom de « république sud-africaine, » comme s’il n’y avait pas d’autre république près de lui. De même que le fédéralisme est en honneur à Bloemfontein, un unionisme visant à englober l’État libre eut toujours son quartier-général dans la petite ville de Pretoria, siège du gouvernement transvaalien ; ses prétentions faillirent amener, en 1857, une guerre fratricide et se trahirent beaucoup plus récemment à propos de certaines négociations sur le mode d’alliance des deux pays. Rien ne les justifie, car le Transorange, comme il semblerait naturel de surnommer l’Etat libre, peut mettre en ligne autant de citoyens armés que le Transvaal ; cette contrée a son histoire, ses traditions, ses particularités ; elle tient à son existence distincte, tout en souhaitant une confédération sud-africaine, mais large, embrassant le Cap et le Natal. Nous ne saurions admettre, par conséquent, le monopole républicain que s’attribue le Transvaal. Nous continuerons à le désigner par l’expression géographique usuelle. Si maintenant on demandait la définition d’une république de cette sorte, la voici : un état oligarchique et patriarcal fondé sur plusieurs privilèges, celui de la couleur, au profit des blancs ; celui de la classe des propriétaires fonciers ; celui de la religion protestante ; un état dont les lois laissent peu de droits civils aux noirs et aux sang-mêlé, en leur refusant à plus forte raison les droits politiques ; où il faut pour entrer au Volksraad (parlement) posséder soit une terre, soit une propriété bâtie ; où les catholiques, les juifs et les mahométans sont soumis à diverses restrictions, les unes politiques, les autres de droit commun ; un organisme gouvernemental rudimentaire tel que put le concevoir un peuple de soldats pasteurs, où l’institution présidentielle est celle d’un chef de caravane et a pour base le plébiscite ; où le chef de l’exécutif, responsable envers la législature, est néanmoins, comme celle-ci, directement élu par le peuple et pourrait s’en prévaloir pour rester en fonctions malgré la chambre ; où l’influence personnelle d’un homme fut sur le point de rétablir le stathoudérat héréditaire des Pays-Bas et perpétue les magistratures ; un état au passé fertile en dissensions, en luttes intestines et sanglantes.

On savait déjà ce que peut être une colonie sans l’étiquette de république : on connaît maintenant une république se jugeant la seule et la meilleure du Sud africain.

Les mots, dans ce coin du monde, n’ont pas de chance. Ils arrivent vite à signifier le contraire de ce qu’ils veulent dire. Celui de « protectorat, » par exemple, a été complètement détourné par l’Allemagne de son acception grammaticale quand cette puissance