Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/590

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d’Isandchlovana, où les bandes de Ketchvayo venaient de détruire tout un bataillon d’infanterie britannique au Zoulouland.

Les symptômes d’une fermentation générale des tribus engagèrent M. Sprigg, premier ministre, à ne pas différer plus longtemps la mise en vigueur du Peace preservation Act chez la grande peuplade du Nord. Celle-ci, en effet, relevait du Cap depuis quelques années. Il s’était passé là ce qui arrivait toujours. Une série de secrétaires d’État, dans les cabinets libéraux antérieurs à 1866, avait prudemment écarté les demandes de protectorat de l’habile Mochoch, en dernier lieu lord Cardwell. Sous les conservateurs, d’autres dispositions avaient prévalu, on avait annexé le pays à l’empire sans l’attribuer à telle ou telle colonie. Finalement les libéraux s’en étaient débarrassés en le donnant au Cap, un an avant l’institution du gouvernement responsable. Une proclamation du 6 avril 1880 ordonna donc le désarmement des Bassoutos. Le pendule compensateur de la politique métropolitaine marquait à ce moment l’heure Beaconsfield. Vingt-deux jours après, il marquait l’heure Gladstone. Les Bassoutos, qui croyaient à l’esprit de suite du gouvernement impérial, mais avec des variations et des intermittences, respirèrent. La colonie ne serait pas soutenue. Quelques-uns déposèrent leurs fusils dans les magistratures. Ils furent razziés par les autres. Un détachement expédié à la rescousse s’arrêta bloqué tout aussitôt. Vers la fin de septembre, le pays se trouvait en pleine révolte. Avec 2,000 miliciens, des volontaires, des contingens noirs, une armée ou plutôt un rassemblement se constitua, et alors vinrent des escarmouches sans résultat sérieux, qui ne servirent qu’à démontrer le manque de cohésion et d’instruction de ces troupes. Mafeteng, à quelques kilomètres seulement de la frontière, devint le point de concentration ; jamais on ne put aborder l’intérieur montagneux ni même dépasser une ligne stratégique très judicieusement choisie par l’adversaire.

D’après des informations par nous recueillies sur le théâtre même de cette guerre, il y aurait eu en ligne jusqu’à 7,000 blancs et 10,000 auxiliaires indigènes. Cela semble exagéré, mais la dépense, en tout cas, fut excessive. On payait les volontaires sur le pied de 4 à 5 francs par jour. Il y avait alors, de par la colonie, une trentaine de nos compatriotes ne demandant pas mieux que de se faire casser la tête à ce prix. Citoyens un peu mélangés peut-être, mais, au demeurant, les meilleurs fils du monde. Enrôlés, ils partirent de Cape-Town en chantant la Marseillaise, et un gérant du consulat de France fut trop heureux, plus tard, d’en rapatrier quelques-uns sur la Nouvelle-Calédonie.

Un trente et unième, mais celui-ci vaillant soldat, servit dans le