Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/652

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et suivant d’autres en Suède, où il aurait terminé son existence au service du roi de ce pays, tels sont les contes ridicules qu’on avait imaginés alors et qui ont eu cours jusque vers le milieu de ce siècle.

Il appartenait à un érudit aujourd’hui un peu ignoré, M. Ed. Kollof, de revenir aux procédés d’une critique plus scrupuleuse et mieux informée. Son travail sur Rembrandt, travail trop peu connu, sans doute parce qu’il a été publié dans un recueil où l’on ne s’attend guère à le trouver [1], dénote déjà une clairvoyance et une sûreté de méthode auxquelles Bürger et Vosmaer, tout en profitant de leur prédécesseur, n’ont peut-être pas suffisamment rendu justice. Avec ces deux derniers auteurs, qui suivaient d’assez près Kollof, les études sur Rembrandt allaient entrer dans une voie nouvelle, bientôt inaugurée par les heureuses recherches de MM. Scheltema, R. Elzevier, Eckhoff et van der Willigen. Stimulant le zèle de ces premiers éclaireurs, Bürger faisait connaître chez nous leurs découvertes, et, avec son enthousiasme chaleureux, il communiquait à ses lecteurs quelque chose de l’admiration passionnée, souvent même un peu exclusive, qu’il ressentait pour le maître. Entre temps, il amassait lui-même les matériaux du grand ouvrage qu’il préparait sur Rembrandt et, comme pour se décider à conclure, il en annonçait à diverses reprises la publication, toujours différée. Mais l’honneur d’écrire le livre que Bürger avait rêvé était réservé à un Hollandais et par le soin pieux qu’il y apporta, par l’étude approfondie de son sujet et de tout ce qui y touche, Vosmaer se montrait à la hauteur de la tâche que s’était proposée son patriotisme [2]. Groupant avec art toutes les informations recueillies jusque-là, il y ajoutait ses propres découvertes. Sa connaissance de l’histoire et de la littérature de son pays lui permettait de faire revivre l’artiste dans son milieu natal et de montrer à la fois ce qu’il lui avait dû et ce qui a tait l’originalité et la supériorité de son génie. Si, à bien des égards, le livre de Vosmaer a un peu vieilli, si une foule de documens nouveaux éclairent aujourd’hui des points alors ignorés de la biographie du maître, si n’ayant vu qu’une faible partie de ses œuvres, le critique hollandais manquait aussi un peu de compétence pour apprécier leur exécution, le premier, du moins, il a su retracer avec verve et dans son ensemble toute la carrière artistique de Rembrandt.

  1. Rembrandt’s Leben und Werke, nach neuen Aktenstücken und Gesichtspunkten geschildert, inséré dans le recueil de Fr. von Raumer : Historisches Taschenbuch ; Leipzig, 1854, p. 401 et suiv.
  2. Rembrandt, sa vie et ses œuvres, par C. Vosmaer. La première édition a paru en 1868 ; la seconde, considérablement augmentée et remaniée, en 1877.