Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/667

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c’est un devoir pour lui de restituer à Bol la gloire que lui a enlevée son maître et de démasquer l’imposteur. Tel est, en résumé, le programme et le but de son livre. Au lendemain du grand succès de Rembrandt als Erzieher et de l’apothéose systématique dont le maître y est l’objet, j’avais cru, je l’avoue, que c’était là une de ces plaisanteries auxquelles, de notre temps, tous les grands hommes sont exposés et à l’éclosion desquelles plus d’une fois déjà nous avons assisté. Homère n’a pas existé. A en croire un récent exégète de la littérature italienne, Dante serait un personnage légendaire. Le chancelier Bacon a profité des loisirs que lui laissaient les affaires de l’État, non-seulement pour fonder la méthode expérimentale, mais pour écrire les ouvrages dramatiques dont Shakspeare a jusqu’ici usurpé l’honneur. Enfin chacun sait, d’autre part, que Napoléon et ses généraux ne sont que les personnages symboliques d’un mythe dérivé du cycle solaire, et dont à tous les âges et chez toutes les nations on retrouve l’équivalent. Avec un peu d’esprit, ce sont là des paradoxes qui peuvent un moment amuser la galerie à condition d’être touchés d’une main légère et en quelques pages. Le livre de M. Lautner est épais, il est lourd, et l’esprit en est tout à fait absent.

Et pourtant, ce n’est pas sans quelque émotion que j’ouvrais pour la première fois ce gros volume où, au début, dans une courte préface, l’auteur remercie en fort bons termes le président de la province de Silésie, son excellence M. le conseiller de Seydewitz, de la munificence avec laquelle il a pris à sa charge une partie des frais de la publication, ce qui semblerait déjà offrir quelque garantie de sérieux pour le lecteur. A la fin, les cinq pages de photographies de signatures de Bol, relevées pour la plupart sur des tableaux considérés jusqu’ici comme étant l’œuvre de Rembrandt, m’avaient aussi, je l’avoue, un peu troublé. J’avais d’ailleurs laissé de côté, sans m’y arrêter, deux autres photographies reproduisant, l’une le tableau de Bol bien connu, le Songe de Jacob de la galerie de Dresde, l’autre une peinture qui m’avait paru assez insignifiante : un Salomon offrant un sacrifice, ainsi que me l’apprenait le titre placé au-dessous de cette composition. C’est cependant cette dernière peinture qui a été à la fois l’occasion du livre de M. Lautner et la cause déterminante de sa vocation comme critique d’art. Voici, en effet, ce que m’apprenaient, peu de temps après, les journaux qui commençaient à s’occuper de son livre [1].

  1. Voir notamment l’article inséré dans la Norddeutsche Allgemeine Zeitung du 28 mai 1891, article fait de main de maître et auquel nous empruntons quelques-unes des informations qui suivent.