Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/671

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c’est qu’on n’a pu découvrir l’acte relatant le transfert de ce tableau de Rembrandt du Doelen à l’hôtel de ville ; cet acte seul serait probant. M. Lautner met au défi qu’on le trouve ; tant qu’on ne l’aura pas produit, son siège est fait, la Ronde de nuit est de Bol. Or, au moment même où il publiait son livre, M. Dyserinck découvrait et publiait dans le recueil hollandais de Gids ce bienheureux acte, assurément bien superflu en la cause, mais qui seul faisait question [1], et voilà toute la prétendue argumentation de M. Lautner qui tombe du même coup. Avant de quitter ce sujet, ajoutons que, jaloux de manifester d’une manière plus éclatante encore son incompétence absolue en matière d’art, M. Lautner affirme que la petite copie de la Ronde de nuit qui se trouve à la National Gallery, — copie que tout le monde aujourd’hui sait être de Lundens, — n’est pas une copie, mais une répétition de l’original, et de la même main. Il ne connaît pas d’ailleurs de tableaux de ce Lundens dont M. Werner Dahl de Dusseldorf, qui possède un de ses meilleurs ouvrages, lui cite une quarantaine de peintures [2], notamment les deux que possède la galerie de Dresde, assez voisine de Breslau cependant, mais que M. Lautner ne semble pas avoir jamais vue. A l’entendre, le Rembrandt du Ryksmuseum et le Lundens de la National Gallery, et Dieu sait qu’entre eux la différence est grande, sont tous deux des originaux, et tous deux naturellement de la main de Bol. Il espère ingénument que le directeur de la National Gallery va se rendre à ses raisons et effacer du tableau de cette collection le nom de Rembrandt, qu’il portait jusque-là. Depuis peu de temps, en effet, ce nom a été effacé, non pour lui substituer le nom de Bol, mais celui de ce Lundens qu’ignore complètement M. Lautner.

Après cela, il faut tirer l’échelle et renvoyer l’auteur sur les bancs de l’école de droit, qu’il a eu grand tort de quitter. Peut-être, s’il y était resté plus longtemps, se fût-il montré un peu plus respectueux d’un des axiomes fondamentaux de sa première étude : Suum cuique, à chacun son bien, vérité qu’il a complètement perdue de vue dans son travail. En vérité, on est honteux d’entrer dans ces détails et de parler aussi longuement d’un pareil livre. Mais l’accueil qu’il a rencontré dans une trop grande partie de la presse allemande nous y obligeait. L’appareil soi-disant scientifique, le ton tranchant, le sérieux de ces semblans de discussion ont facilement trouvé crédit près de journalistes en quête de copie et près d’un certain nombre de photographes flattés, grâce aux

  1. Nous en avons ici même annoncé, en son temps, la découverte. (Voir les Tableaux de corporations militaires en Hollande dans la Revue du 15 décembre 1890.)
  2. Zeitschrift fur bildende Kunst, 1891, p. 246-248.