Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/868

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


constance dans l’opposition ; harasser les troupes, ruiner leur santé et gêner les mouvemens des chefs.

Toutefois, à l’heure où nous écrivons, les forces régulières, soit indiennes soit européennes, sont réduites à moins de 10,000 hommes, dont quelques milliers seulement sont des Européens. Mais cette diminution considérable n’est ni une condamnation des erremens suivis jusqu’ici, ni une imprudente concession aux exigences de l’opinion.

Il s’est en effet produit en Birmanie ce qui s’est produit ailleurs, notamment au Tonkin. Avec le temps et les progrès des vainqueurs, la lutte a changé de caractère et d’allures. Les grandes bandes se sont dispersées ou fragmentées. Tout ce qui était combattant sérieux, tout ce qui tenait devant les forces anglaises a été refoulé loin des centres habités et acculé soit aux frontières, soit à quelques régions d’accès difficile. Dès lors, à l’intérieur, on a pu réduire les postes fixes de troupes régulières. En 1887, il y en avait 150 ; on en a maintenu une trentaine. Ces troupes régulières, on ne leur demande plus guère qu’un rôle d’observation. Casernées dans les villes ou sur des points choisis pour leur valeur stratégique, elles agissent surtout par leur présence et leur prestige. Quant aux pillards et aux maraudeurs, aujourd’hui les seuls adversaires à redouter et redoutables seulement à cause de leur nombre, ce sont des forces d’une autre catégorie qu’on leur oppose : l’infanterie montée et la police.

L’infanterie montée, qui un moment a compté 1,800 hommes, en compte aujourd’hui environ 1,200 : son nom explique son rôle.

La police date de 1886, mais elle n’a été sérieusement organisée qu’en 1887. Vers le commencement de cette année, il devint évident que les adversaires habituels de l’armée régulière n’étaient plus dignes d’elle. Il n’y avait plus désormais à faire œuvre de guerre, mais œuvre de gendarmerie ; il ne restait qu’à assurer contre les dacoits soit isolés, soit réunis en bandes, la sécurité et le bon ordre. Pour cette besogne, l’armée est inutile ; elle y est même manifestement impropre. Les dacoits, à ce moment, ne sont plus des combattans, ce sont des maraudeurs et des fuyards, et les troupes régulières sont absolument impuissantes à les prévenir ou à les joindre. C’est affaire à la police ; et nos régimens européens la suppléeraient aussi efficacement qu’une batterie d’artillerie ferait à Paris les agens de la sûreté. « Le soldat, écrivait lord Dufferin, n’est que le pionnier de l’ordre ; le gardien permanent de la tranquillité publique est le policeman [1]. » En conséquence, on organisa la police.

  1. Lettre au secrétaire d’État, 19 octobre 1886. Burmah, 1887, n° 1, p. 106.